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Riff Cohen : chanter entre boycott et guerre


Elle chante en hébreu, en français et en arabe. En Turquie, la presse l’a même présentée comme la chanteuse étrangère la plus aimée du pays

Deborah Benayoun
Deborah Benayoun
4 min
4 min
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  • Turquie
  • Musique
  • Riff Cohen
  • artiste boycotté
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Riff Cohen, une carrière internationale bousculée par la géopolitique
Riff Cohen, une carrière internationale bousculée par la géopolitique

Trois mille billets vendus à Istanbul, un concert annulé au lendemain du 7 octobre, puis plus aucune scène en Turquie. Invitée de « L’Édition du soir » sur i24NEWS, la musicienne israélienne Riff Cohen raconte comment la géopolitique a brutalement interrompu l’un des plus beaux chapitres de sa carrière, et pourquoi elle choisit malgré tout l’optimisme.

Riff Cohen, une carrière internationale bousculée par la géopolitique
Riff Cohen, une carrière internationale bousculée par la géopolitique

Née à Tel-Aviv d’un père d’origine tunisienne et d’une mère franco-algérienne, Riff Cohen s’est fait connaître en 2012 avec son premier album, À Paris. Elle chante en hébreu, en français et en arabe. En Turquie, la presse l’a même présentée comme la chanteuse étrangère la plus aimée du pays, et plusieurs de ses titres y ont été repris en turc.

Son identité musicale est pourtant « même encore plus variée », précise-t-elle d’emblée : « Je fais aussi de la musique classique au piano. » Ce qu’elle aime avant tout, c’est « vraiment mélanger les choses ». Elle associe des rythmes yéménites à la guitare, passe du reggae au ska, marie la musique perse au hip-hop. Ce métissage, dit-elle, vient de ce qu’elle a vécu à Tel-Aviv, « plein, plein, plein de styles différents de musique ». Elle en est convaincue : « Ça peut parler à beaucoup de gens dans le monde. »

Avant d’être une histoire de boycott, la Turquie est pour Riff Cohen une histoire d’amour. « J’ai tellement aimé la Turquie, parce qu’on mange déjà très bien là-bas. J’aime beaucoup la culture. C’est à deux heures d’Israël. » Ce sont surtout les gens qui l’ont touchée, « énormément » : « Ils ont un goût très spécial dans la musique, ils aiment beaucoup danser, chanter, comme les Israéliens d’ailleurs. »


Elle explique son succès par une rencontre entre deux mondes. Son univers mêle une sensibilité francophone et des racines nord-africaines, avec « une grand-mère analphabète » et « plein d’histoires comme ça qui font que ça leur parle, mes chansons ». La plupart de ses textes sont écrits par sa mère, Patricia Cohen : « Ensemble, on crée un univers qui marchait vachement bien en Turquie. » « En Turquie, on a venu 3 000 billets », raconte-t-elle, pour un concert prévu... le 12 octobre 2023.

Le 7 octobre, la rupture

Puis survient le 7 octobre. Le concert devait s’inscrire dans le 5e Festival international de musique folk d’Istanbul. Selon la presse turque, c’est la chanteuse elle-même qui avait demandé l’annulation. Elle avait alors écrit sur ses réseaux sociaux qu’en raison des événements dans son pays, elle choisissait de rester auprès des siens.

Depuis, la rupture est consommée. À deux heures de vol de Tel-Aviv, la Turquie était un débouché naturel pour une artiste israélienne aux racines méditerranéennes. Mais depuis le 7 octobre et la guerre qui a suivi, les relations entre Ankara et Jérusalem se sont dégradées, et un artiste israélien ne peut plus s’y produire sans risque. Pour Riff Cohen, l’obstacle ne tient d’ailleurs plus seulement au danger. « Là, je pense qu’ils m’ont interdit en fait d’y aller », lâche-t-elle, sans préciser qui.


L’exil reste une option, et elle ne le cache pas : « Je pourrais toujours partir vivre en France. C’est vrai que ça donne plus d’opportunités pour les artistes. » Mais elle a choisi Israël : « Au niveau culturel, je me trouve vachement bien ici. J’aime beaucoup ce qui sort de moi ici. » Retournera-t-elle un jour en Turquie ou en France, là où elle a connu tant de succès ? Riff Cohen ne promet rien, mais elle espère. « J’espère que ça va venir. Moi, je suis vraiment en mode positif. » Et son vœu dépasse sa propre carrière : « J’espère que ça va s’ouvrir, que bientôt ça va finir et qu’on sera toujours en grande paix dans le monde. » Elle ne s’en prend pas à ceux qui lui ferment la porte... Elle souhaite simplement que la musique puisse à nouveau circuler.

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