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Bibi or not Bibi… This is the question
Chez les Franco-Israéliens, traditionnellement ancrés à droite, une question revient comme un refrain : « Qui d’autre ? »

Dans une école primaire de Tel-Aviv, une enseignante lance à ses élèves de CM2 : « Netanyahou est un menteur, il fait du chantage. Vous croyez que c’est autorisé par la Torah ? » Une scène révélatrice du climat politique qui règne en Israël, où l’affrontement entre pro et anti-Bibi déborde désormais largement les plateaux de télévision. La fièvre électorale n’épargne personne, pas même les salles de classe.
Keren, médecin généraliste, ne cache pas son exaspération. « Les Français n’aiment que Netanyahou, ils ne comprennent rien au pays », lâche-t-elle. Cette électrice de Yaïr Golan avoue ne plus dormir depuis plusieurs jours, tant l’enjeu du scrutin l’angoisse.
À Ramat Gan, où la communauté francophone ne cesse de grandir, ces échanges mettent en lumière un véritable fossé entre une partie des immigrants français et certains Israéliens qui voient dans le maintien de Netanyahou au pouvoir une menace pour l’avenir du pays.
Dans les synagogues francophones du quartier, le débat fait rage, mais les préoccupations sont sensiblement différentes. À la sortie des offices, les élections monopolisent les conversations. « J’hésite à voter Bibi, mais Eisenkot sera soutenu par les Arabes. Même si Ben Gvir exagère, entre lui et les Arabes, c’est vite vu », confie un fidèle.
« Qui d’autre ? » La formule revient inlassablement dans les conversations. Comme si, malgré l'usure du pouvoir et les critiques adressées au Premier ministre, aucune autre personnalité ne parvenait véritablement à s’imposer.
Émilie ne cache pas ses hésitations : « Franchement, qui d’autre que Bibi ? Bon, d’accord, il a ses défauts, mais après tout, Bennett était Premier ministre peu de temps avant le 7 octobre. Comment sait-on qu’il n’est pas responsable de ce qui s’est passé ? » Une interrogation qui illustre la réticence de certains électeurs à faire porter au seul Netanyahou la responsabilité des défaillances sécuritaires ayant précédé les attaques du Hamas.
Jess exprime, à sa manière, le même désarroi : « Je sais que Netanyahou a se défauts et qu’il faut changer, mais vraiment, je ne vois pas qui est à la hauteur. » Yoni, responsable d’un centre communautaire, résume cette distinction entre le choix d’un homme et celui d’un camp : « Oui, les Français votent à droite. Bibi, je ne sais pas, mais pour la coalition, oui, je pense. »
Un réflexe politique qui ne date pas d’hier. En février 2018, une enquête réalisée auprès de 250 immigrants français pour le quotidien israélien Makor Rishon révélait que 72 % se définissaient comme appartenant à la droite ou au centre droit, contre 8 % au centre et 11 % à gauche ou au centre gauche. Près de la moitié souhaitaient alors voir Netanyahou rester Premier ministre.
L’étude mettait également en évidence le caractère largement religieux ou traditionnel de cette population. Un profil qui contribue à expliquer l’attachement d’une partie des Franco-Israéliens aux formations nationalistes et religieuses, ainsi que leur sensibilité aux questions de sécurité et d’identité juive de l’État.
Huit ans plus tard, si ces chiffres ne permettent pas de préjuger du résultat des urnes, ils éclairent les hésitations actuelles. « Qui d’autre ? » Plus qu’une question, c’est devenu un argument électoral. Et peut-être l’un des plus efficaces de Benjamin Netanyahou.
