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Comment fonctionnent les élections législatives en Israël ?
Les Israéliens ne choisissent pas directement leur Premier ministre. Ils votent pour une liste, puis les partis négocient pour former une coalition capable de gouverner.


À l’approche des élections législatives, une question revient souvent : comment le vote des Israéliens détermine-t-il la composition de la Knesset et la formation du gouvernement ? Le système repose sur la proportionnelle intégrale.
Les citoyens votent pour une liste de candidats, et les 120 sièges de la Knesset sont répartis en fonction du score national de chaque liste.
Ce mode de scrutin explique la place importante des petits partis, les négociations parfois longues après les élections et la fréquence des scrutins anticipés. Le résultat électoral détermine la composition du Parlement, mais pas automatiquement le nom du prochain Premier ministre.
Un vote national, sans circonscription locale
Tout le pays constitue une circonscription unique : il n’existe pas de siège réservé à Tel-Aviv, Jérusalem ou à une autre ville. Les électeurs choisissent un bulletin portant le nom et les lettres d’une liste. Celle-ci peut représenter un seul parti ou une alliance de plusieurs formations.
Chaque liste présente ses candidats dans un ordre établi avant le scrutin. Si elle obtient 15 sièges, ses 15 premiers candidats entrent à la Knesset. Les électeurs ne choisissent donc pas individuellement leurs députés et ne votent pas directement pour le chef du gouvernement.
Les citoyens israéliens âgés d’au moins 18 ans peuvent voter. Pour être candidat à la Knesset, il faut avoir au moins 21 ans, sous réserve de certaines restrictions liées aux fonctions exercées ou à des condamnations pénales.
La Knesset compte 120 députés. Ce nombre fait référence à la Grande Assemblée, institution de sages et de chefs religieux juifs traditionnellement associée au retour d’exil de Babylone. Le Parlement israélien ne comporte qu’une seule chambre.
La barre des 3,25 %
Pour obtenir des sièges, une liste doit recueillir au moins 3,25 % des suffrages valides exprimés dans le pays. C’est le seuil électoral. Une liste qui reste en dessous n’entre pas à la Knesset et ses voix ne sont pas transférées à une autre formation.
Par exemple, si quatre millions de votes valides sont comptabilisés, une liste doit en obtenir au moins 130 000 pour franchir le seuil. Des partis proches politiquement peuvent donc choisir de se présenter ensemble afin de ne pas risquer de rester sous cette barre.
Les suffrages des listes qualifiées sont ensuite pris en compte pour répartir les 120 sièges. Les votes accordés aux listes éliminées ne sont pas comptabilisés dans ce calcul, ce qui augmente mécaniquement la part des partis ayant franchi le seuil.
Comment les sièges sont-ils répartis ?
Les voix obtenues par les listes qualifiées sont additionnées, puis divisées par 120. Ce calcul permet d’établir le nombre approximatif de voix correspondant à un siège. Les listes reçoivent d’abord les sièges correspondant à leur part entière.
Les sièges restants sont distribués selon la méthode dite de Bader-Ofer, du nom de deux anciens députés. Celle-ci compare les résultats des listes en tenant compte du nombre de sièges déjà obtenus par chacune, jusqu’à ce que les 120 sièges soient attribués.
Avant le scrutin, deux listes peuvent également conclure un accord de partage des voix excédentaires. Cet accord peut améliorer leurs chances d’obtenir un siège supplémentaire, mais il ne garantit pas qu’elles gouverneront ensemble. Chaque liste doit, de son côté, franchir le seuil électoral.
Pourquoi le premier parti ne gouverne-t-il pas forcément ?
Une fois les sièges attribués, les partis doivent chercher des partenaires pour former un gouvernement. Une coalition rassemble plusieurs formations autour d’un accord politique et doit généralement réunir au moins 61 députés sur 120 pour disposer d’une majorité.
Le parti arrivé en tête n’est donc pas automatiquement assuré de gouverner. Une formation plus petite peut contribuer à faire basculer le rapport de force si elle permet à un bloc d’atteindre les 61 sièges. En échange de son soutien, elle peut demander des ministères ou des engagements sur des sujets importants pour ses électeurs.
Les accords de coalition portent notamment sur les grandes orientations du gouvernement, la répartition des portefeuilles ministériels, le budget et les projets de loi. Les compromis sont nécessaires, mais les désaccords entre partenaires peuvent fragiliser le gouvernement et provoquer sa chute.
Le rôle du président après le scrutin
Après la publication des résultats officiels, le président de l’État consulte les représentants des partis élus. Chacun peut lui recommander un député qu’il estime capable de former un gouvernement.
Le président confie ensuite cette mission à un candidat susceptible de réunir un soutien parlementaire suffisant. Il n’est pas légalement tenu de choisir le chef du parti arrivé en tête ni même celui qui a reçu le plus de recommandations.
Le candidat désigné dispose de 28 jours pour négocier une coalition. Le président peut lui accorder des prolongations, pour une durée totale maximale de 14 jours supplémentaires. Si un accord est trouvé, le futur gouvernement est présenté à la Knesset, qui vote pour lui accorder ou non sa confiance. Le candidat devient Premier ministre si le vote est favorable.
Que se passe-t-il si personne ne parvient à former un gouvernement ?
Si le premier candidat échoue, le président peut confier la mission à un autre député, qui dispose de 28 jours. Si cette tentative échoue également, ou si le président estime qu’aucun gouvernement ne peut être formé, les députés disposent de 21 jours pour proposer un autre candidat, soutenu par au moins 61 élus. Celui-ci a alors 14 jours pour tenter de constituer une coalition.
Si aucune solution n’aboutit, la Knesset est dissoute et de nouvelles élections doivent être organisées dans les 90 jours. En attendant, le gouvernement sortant reste en fonction.
Un gouvernement peut aussi tomber avant la fin de la législature si des partenaires quittent la coalition, si le Premier ministre démissionne ou si le Parlement est dissous. Le système israélien prévoit notamment une motion de censure dite constructive : pour renverser le gouvernement, au moins 61 députés doivent soutenir une équipe de remplacement prête à prendre le pouvoir. L’absence d’adoption du budget dans les délais légaux peut également entraîner des élections anticipées.
Entre avril 2019 et novembre 2022, Israël a ainsi organisé cinq élections législatives, sur fond de difficultés répétées à former ou à maintenir une coalition. Dans ce système, quelques sièges peuvent suffire à modifier l’équilibre entre les blocs. Le soir du scrutin, les électeurs savent quels partis siègent à la Knesset ; il reste souvent à découvrir lesquels réussiront à s’entendre pour gouverner.