Islamo-gauchisme: "Ils ont recherché une nouvelle figure de victime et ont pris celle du Palestinien" (Pascal Perrineau dans Elie sans interdit)
Il y a eu une "évolution de la gauche de plus en plus islamophile"


Elie Chouraqui et ses invités ont débattu dimanche soir de la naissance de l'islamo-gauchisme et de son influence sur la société française dans un deuxième volet d'"Elie sans interdit" consacré à cette thématique.
Comment définir l'islamo-gauchisme?
"Il faut remonter au début des années 2000 pour désigner une alliance entre des milieux islamistes et des mouvances d'extrême-gauche au nom de la cause palestinienne qui était érigée en nouvelle grande cause révolutionnaire. Cette alliance stratégique contre un ennemi commun: Israël, se fondait sur une image victimaire du Palestinien qui commençait à être transférée sur le musulman. Etre pro-palestinien selon eux, c'était être anti-sionniste et islamophile et il y a une rupture de traditions très importante," a déclaré Pierre André Taguieff, politologue, historien et auteur de Liaisons dangereuses, islamo-nazisme, islamo-gauchisme sur i24NEWS.
Selon lui, le courant a réellement pris de l'ampleur lors de l'intifada en Israël car "les milieux altermondialistes sont devenus très populaires dans l'extrême-gauche, chez les anciens communistes et chez les trotskistes."
Il y a eu une "évolution de la gauche de plus en plus islamophile", a-t-il ajouté.
Pour Pascal Perrineau, politologue, "il y a une genèse historique."
"Une partie de l'extrême-gauche n'a plus d'acteur socio historique fondamental. En passant à la société post-industrielle, l'acteur du prolétaire est devenu marginal. Peu à peu, ils ont recherché une nouvelle figure de victime et ont pris celle du Palestinien. Puis cela s'est élargit, les masses musulmanes des dictatures sont devenues la figure emblématique des masses arabes à libérer," estime-t-il.
"Nous constatons différents types de problèmes sous la bannière du colonialisme, il y a un problème de la race et du genre, qui remplacent des mobilisations sur le thème de la classe sociale. On pointe une tentative d'articuler les différents types de mobilisations de manière à occuper la position forte en politique," a quant à elle déclaré Véronique Taquin, professeur et essayiste.
Quelle influence ?
Selon Pascal Perrineau, l'islamo-gauchisme exerce une influence sur notre société qui s'observe dans le fait que l'on est passé de la culture de l'adversaire à la culture de l'ennemi.
"Il y a de nouvelles inquisitions qui se mettent en place pour imposer une doxa, à laquelle les autres doivent se plier. Cette doxa constitue la porte d'entrée incontournable, comme c'est le cas avec l'écriture inclusive par exemple. La population étudiante lorsqu'elle est soumise à un bain idéologique, peu à peu elle y participe. Il y a aussi une forme de protestation silencieuse qui peine à s'exprimer mais certains n'en peuvent plus de cette doxa," a-t-il dit.
Protéger la laïcité
En ce qui concerne la protection de la laïcité, Véronique Taquin considère que "la bataille n'est en rien compromise".
"La plupart des musulmans en France sont laïcs et sécularisés, le phénomène concernant les jeunes qui se dissocient de la laïcité ne disparaîtra pas et c'est un problème sérieux. Mais quand les débats sortent des petits cercles intellectuels et arrivent dans le grand public on retrouve des réflexes de bon sens", a-t-elle déclaré.
Pour Pascal Perrineau, ce débat "agite un petit monde".
"Mais attention à ce que peu à peu, ces élites ne se coupent pas encore du peuple. L'évolution de la gauche à décidé de s'intéresser au sort de telle ou telle minorité plutôt qu'aux petits et sans grades qui étaient victimes d'inégalités sociales et économiques. Aujourd'hui, ils parlent aux couches bourgeoises et sont incapables de parler des problèmes des Français," a-t-il déploré.
Enfin, Véronique Taquin a expliqué que sur certaines questions, la gauche a montré des faiblesses depuis plusieurs années.
"Il faut relever que les lois les plus protectrices, notamment contre le voile à l'école et le voile intégral sont venues de la droite, il y a un problème évident. Les questions qui nous occupent clivent la droite et la gauche," a-t-elle conclu.