Alain Finkielkraut : "Dire qu’il n’y a pas de civils innocents à Gaza est une honte morale"
Il dénonce avec force les dérives morales et politiques nées du 7 Octobre.


Dans un entretien accordé vendredi au Figaro à l'occasion de la sortie de son nouveau livre "Le coeur lourd", Alain Finkielkraut a livré une réflexion à la fois intime, morale et politique sur Israël, le judaïsme et les déchirements révélés par le 7 Octobre. Plus que jamais, le philosophe se tient sur une ligne de crête inconfortable, refusant les simplifications et les fidélités aveugles.
Son attachement à Israël est ancien, profond, presque filial. Il tient moins à une fascination géographique ou culturelle qu’à l’héritage familial : un père rescapé des camps, des grands-parents morts à Auschwitz. Israël fut pour eux une consolation, un refuge symbolique, non une revanche. Cette mémoire fonde chez Finkielkraut un attachement indéfectible à l’existence de l’État hébreu et à son droit à se défendre face à une menace existentielle.
Mais le 7 Octobre a ouvert un dilemme moral majeur. Le philosophe dénonce avec force l’explosion d’un antisémitisme qu’il juge nié ou relativisé par une partie de la gauche occidentale, prisonnière d’un anticolonialisme qu’il estime dévoyé. Assimiler Gaza au ghetto de Varsovie ou Auschwitz relève pour lui d’une falsification historique et morale.
Pour autant, son combat contre le Hamas ne l’empêche nullement de critiquer la politique de Benjamin Netanyahou et, plus largement, un judaïsme messianique qu’il juge dangereux. Finkielkraut s’insurge contre l’idée selon laquelle « il n’y aurait pas de civils innocents à Gaza », qu’il qualifie d’absurdité et de honte morale. À ses yeux, cette logique déshonore Israël autant qu’elle trahit l’éthique juive.
Favorable à la solution à deux États, allant jusqu’à soutenir la reconnaissance d’un État palestinien, il affirme que la promiscuité est meurtrière et menace l’avenir même d’Israël. Le conflit, insiste-t-il, met en péril non seulement l’État hébreu, mais aussi l’identité juive.
Au fond, conclut-il, deux judaïsmes s’affrontent aujourd’hui : celui de l’exigence de justice, héritée des tables de la Loi, et celui d’un messianisme qui s’en affranchit. Et c’est ce combat intérieur, plus encore que le conflit extérieur, qui le contraint à penser « contre lui-même », coûte que coûte.