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Jeen AI veut sécuriser l’intelligence artificielle dans les secteurs les plus sensibles
La start-up israélienne installe des garde-fous autour des systèmes existants afin d’en améliorer la fiabilité, la traçabilité et la sécurité


L’intelligence artificielle est désormais utilisée bien au-delà des simples assistants conversationnels. Banques, hôpitaux, administrations et entreprises s’en servent pour analyser des dossiers, formuler des recommandations ou accélérer certaines décisions. Mais lorsqu’une erreur survient dans un domaine médical, financier ou sécuritaire, une question demeure : qui en porte la responsabilité ?
La start-up israélienne Jeen AI affirme vouloir répondre à ce défi en développant une infrastructure destinée aux usages critiques de l’intelligence artificielle. L’entreprise ne crée pas de nouveaux modèles, mais installe des garde-fous autour des systèmes existants afin d’en améliorer la fiabilité, la traçabilité et la sécurité.
Pour Moti Krispil, directeur de la stratégie de Jeen AI, l’enjeu devient urgent à mesure que les outils se multiplient dans les organisations. Des milliers d’employés peuvent déjà utiliser quotidiennement des dizaines de solutions différentes, parfois sans l’autorisation ni même la connaissance de leur hiérarchie. Données médicales, informations financières et documents sensibles risquent ainsi d’être transmis à des plateformes externes sans véritable contrôle.
"Le rythme d’adoption des technologies dépasse la capacité des entreprises à les encadrer", souligne Moti Krispil. Selon lui, l’absence d’une infrastructure commune pourrait conduire à une prolifération d’"îlots d’IA" autonomes, difficiles à superviser et potentiellement dangereux.
Jeen AI intervient notamment auprès de Maccabi, l’une des principales caisses d’assurance maladie israéliennes, qui compte 2,6 millions d’adhérents. Sa technologie permet de traiter automatiquement des dossiers médicaux, des autorisations et des transcriptions d’appels, puis de produire une synthèse accompagnée de recommandations présentées au médecin. Le temps de traitement moyen pourrait ainsi passer de 30 à trois minutes, tout en laissant la décision finale à un professionnel de santé.
Le même principe est appliqué dans la finance et la défense. Dans les environnements les plus sensibles, les systèmes fonctionnent entièrement sur le réseau interne du client, sans connexion à Internet ni transfert vers des serveurs extérieurs.
Jeen AI emploie environ 130 personnes en Israël et une vingtaine à l’étranger, notamment à Singapour, Londres et New York. En moins de deux ans, l’entreprise a levé 25 millions de dollars et signé des contrats de plusieurs dizaines de millions.
Ses dirigeants estiment que cette "IA critique" pourrait devenir une catégorie à part entière, comparable à la cybersécurité, à mesure que les systèmes autonomes prendront une place croissante dans les décisions à fort enjeu.