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30 ans sous les sirènes, renaître ailleurs


"Cette guerre m’a forcée à m’arrêter, à ralentir, à remettre au centre ce qui compte vraiment"

Aurelia FELLOUS
Aurelia FELLOUS
11 min
11 min
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  • guerre
  • Etats-Unis
  • Israël/Iran
Aurélia Fellous
Aurélia FellousAurelia Fellous

20/03/2026 - Aéroport de Rome

Il y a près d’un mois, je m’envolais pour un voyage dont je n’aurais jamais pu imaginer la destination. J’avais projeté de passer 10 jours en Israël pour relever un défi sportif avant mes trente ans: mon premier marathon à Tel-Aviv. Cette ville vibre en moi de multiples résonances. Relever ce défi ici était un rêve et aussi la promesse de récompenser notre effort de plusieurs mois par une semaine de célébrations dans les rues de la ville comme chaque année à cette période pour la fête de Pourim. 

Le doute d’une guerre imminente avec l’Iran planait un mois avant notre départ. Mais j’avais décidé de ne pas écouter cette petite voix et d’embarquer pour mon vol Paris-Tel-Aviv du 25 Février. La course avait lieu deux jours plus tard, mon retour était prévu pour le 9 mars, la guerre pouvait bien attendre une dizaine de jours. J’attendais ce départ plus que tout. Les derniers mois n’avaient pas été tendres: travail intense, doutes profonds sur mon avenir, ,questionnements sur ma vie en général et l’impression de n’avoir pas réalisé une grande partie de ce que je pensais accomplir avant la trentaine. 

Si je pouvais au moins relever ce challenge sportif que je m’étais fixé, j’arriverais à regagner une part de la confiance en moi qui m’avait progressivement échappé. Alors, pleine de l’excitation de cette nouvelle aventure et d’une certaine insouciance (inconscience?) je démarrai un séjour qui allait complètement me transformer. Le 27 Février, j’avais franchi la ligne d’arrivée d’un parcours dont je me sentais incapable quelques mois plus tôt. Et avec elle, quelque chose s’était réveillée. Nous avions partagé ces quatre heures de course avec mon amie Manon sans jamais penser à abandonner ni ralentir et je sentis pour la première fois depuis des mois une profonde fierté, comme une prise de conscience de ma valeur et de tout ce que je pouvais encore accomplir, peu importe que ce soit avant ou après mes trente ans.

Le lendemain matin, tout s’arrête. Ou plutôt, tout commence autrement.

28/02/2026, Appartement de Manon- Nord de Tel-Aviv


Manon me réveille en s’excusant, ses parents inquiets de la situation lui ont pris un billet retour dans la nuit, elle est censée décoller quelques heures plus tard. Notre semaine de festivité ne démarre pas comme prévu mais je comprends également l’angoisse de sa famille et ne peut vraiment intervenir. Elle n’eut pas le temps de démarrer sa valise. Une alerte stridente résonna sur nos téléphones, la première d’une longue série. Nous devions nous mettre à l’abri rapidement, Tel-Aviv serait prochainement touchée par des frappes iraniennes. S’en sont suivi des heures de doutes, d’inquiétude. C’était la première fois pour nous deux que nous vivions une guerre en Israël de l’intérieur et à la culpabilité d’avoir entraîné mon amie là-dedans s’ajoutait ma propre incertitude sur le déroulement des prochains jours. 

Nous avons suivi les voisins vers l’abri le plus proche et soudain je découvre un pays fait de fragments du monde entier. Des langues, des visages, des histoires qui se croisent dans un même abri. Des vies si différentes, réunies dans un même espace de sûreté. Mon premier Miklat (abri) fut particulier; je n’avais ni téléphone ni livre pour m’occuper alors je le passai à regarder autour de moi. Je crois qu’à ce moment-là, je réalisai que j’allais vivre une période particulière de ma vie qui mettrait peut-être de l’ordre dans mes priorités, de la relativité dans mes angoisses. Je vis deux jeunes enfants faire connaissance en se partageant leur goûter, l’adoration des habitants de Tel-Aviv pour les chiens dont l'abri était rempli, le respect des anciens à qui l’on laissait automatiquement le meilleur siège, mais également une certaine force d’esprit d’un peuple au quotidien souvent secoué. 

Lorsque nous fûmes autorisés à quitter l'abri, il fallut rapidement prendre une décision, quitter l’appartement de Manon qui n’était pas suffisamment protégé, assez loin de l'abri collectif en cas d’alertes nocturnes et rejoindre celui d’un ami qui nous avait invitées pour le repas du chabbat midi .Le chemin ne fut pas sans encombre, nous dûmes à deux reprises affronter une alerte soudaine et suivre la foule vers le miklat le plus proche. A partir de ce jour, j’ai découvert ce que les gens qui vivaient déjà en Israël essayaient de me faire comprendre de l’intensité de cette vie et le contraste avec le confort apparent de celle que l’on peut vivre en tant que juif en Europe. Il y a la difficulté concrète de se réveiller plusieurs fois dans la nuit, d’interrompre ses journées au son des alertes, d’essayer de retrouver un peu de calme lors des pauses pour continuer sa vie ou simplement prendre une douche. 


On ressent l’incertitude d’une reprise à la normale de son activité, du rappel de son fils, son mari, son cousin, son amoureux à la guerre. Mais surtout il y a un soutien, une fierté incomparable de vivre dans un pays qui lutte pour rester debout. Un David contre Goliath et la volonté farouche de tenir, malgré tout. On voit ces petits sourires de compassion face à un enfant de plus en plus épuisé, réveillé nuit après nuit pour descendre aux abris. On entend ces blagues que l’on ose glisser. Alors on rit. Parce que parfois, c’est la seule façon de tenir! Il y a ces solutions de secours pour organiser un mariage, fêter un anniversaire, continuer à donner cours en Zoom et faire une nouvelle fois vaincre la vie.

Il y a ces gens que l’on croise pour la première fois le dimanche 1er mars, après ce samedi épuisant à monter et descendre à l’abri (en lendemain de Marathon, un vrai plaisir) et qui deviendront au fil du temps de véritables amis: les français “coincés” comme nous en Israël, mais dont on découvrira peu à peu qu’ils ne sont pas si pressés de rentrer. Ces israéliens qui nous racontent leur vie, et les difficultés du quotidien, les épreuves passées depuis le 7 octobre notamment mais une réalité qu’ils n’échangeraient pour rien au monde. Les jours défilent et on commence à le sentir aussi, ce sentiment d’évidence, d’être ensemble dans un épisode de nos vies qui nous liera à jamais. Le billet retour est inévitablement annulé, je n’ai plus aucune visibilité sur le moment où je pourrais rentrer à Paris et pour une fois, je décide de ne pas m’affoler, de ne pas chercher à contrôler la situation mais de la laisser me porter. 

Alors, je vais vivre au rythme de cette guerre, accepter les invitations de ces personnes à peine rencontrées, ces moments de chaleur improvisés. Les festivités de Pourim ont pris une autre tournure; les grands festivals dont nous avions pris les tickets des semaines à l’avance ont été remplacés par des soirées dans des parkings organisées quelques heures à l’avance. Et pourtant, la fougue est là , encore plus vive, l’envie de célébrer, d’être plus forts que la peur, la fatigue et la menace qui nous entourent.

Ces semaines vont m’apprendre la force de l’imprévu, de la place laissée à des bonheurs inespérés à la vie lorsqu’on ne contrôle pas tout. Que le confort ne réside peut-être pas dans une nuit complète, mais dans la certitude d’être au bon endroit. Elles m’ont permis également de regarder mes trente ans avec un prisme nouveau d’accepter qu’à l’âge où je pensais avoir déjà coché les cases principales de ma vie toute tracée il m’en manque encore certaines essentielles. Et justement, redéfinir l’essence de mon existence lorsque ce qui parait normal vacille, être prête à essayer les chemins plus insolites que la vie me fait emprunter. 


Cette guerre m’a forcée à m’arrêter, à ralentir, à remettre au centre ce qui compte vraiment. J’ai vécu chaque journée de ce séjour comme une nouvelle aventure, comme la possibilité de décider ce que je ferais de la prochaine décennie, quelles leçons j’aimerais tirer de ce moment pour les années à venir et chaque instant m’a nourrie d’une inspiration pour la suite. J’ai croisé dans les dizaines de rencontres des parcours de vie si variés qu’ils me donnent envie de tout reconsidérer, de m’autoriser à penser la suite complètement différemment. J’ai ressenti l'énergie de ces personnes parfois puisée dans la difficulté, comme cette excitation qu’il nous reste pour franchir la ligne d’arrivée alors même que l’on pense être au bout de nos capacités.

Je souhaite garder en mémoire cette force, cette attention permanente portée à l’autre et ce regard décentré de soi-même qui pense au pluriel et permet de lâcher prise.

J’ai également conscience que cette parenthèse m’a donné l’opportunité d’un avant-goût d’une vie en Israël, de ce qu’elle pourrait m’apporter. Aussi étrange que cela puisse paraître au vu de la période que j’y ai passé mais le premier mot qui m’est venu est la sérénité. La tranquillité d’un judaïsme fièrement arboré, la fin de racines que l’on doit parfois murmurer et la possibilité quotidienne de pleinement les exprimer. J’ai également un pincement au cœur lorsque je réalise que ce n’est plus forcément le cas en France, dans ce pays où j’ai grandi et que j’aime tant. Mais j’ai conscience qu’un point de bascule a été franchi ces dernières années et qu’il faudrait profondément réagir à cette haine débridée si l’on souhaite voir les choses changer.

Alors sur mon chemin du retour, le jour de mon 30e anniversaire, beaucoup d’idées se bousculent, beaucoup d’images s’entrecroisent. Je repars avec le cœur lourd de ceux que je laisse, mais avec la certitude d’avoir reçu, pour mes 30 ans, un cadeau inattendu : un peu de temps en plus. Et la sensation, nouvelle, de ne plus avoir à chercher ma place. Comme une invitation silencieuse à revenir, un jour, pour de bon.

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