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Le film NAZA ne révèle qu’une partie du système de ciblage de Tsahal, selon Alex Grobman
L’historien conteste la portée générale des témoignages du documentaire, tout en reconnaissant l’existence de règles de ciblage plus permissives après le 7 Octobre.


Le documentaire NAZA permet-il réellement de comprendre l’ensemble du système de ciblage employé par Tsahal dans la bande de Gaza ? Dans une analyse publiée dimanche, l’historien Alex Grobman estime que le film repose sur des témoignages importants, mais partiels, qui ne suffisent pas à démontrer ses conclusions les plus larges.
Réalisé par les Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, NAZA a reçu le Prix spécial du jury à la Mostra de Venise, où il a été accueilli par une ovation de 25 minutes. Le documentaire s’appuie sur les témoignages de 24 soldats, officiers et membres des services de renseignement israéliens ayant participé à la guerre à Gaza.
Plusieurs intervenants évoquent les estimations de « NAZA », acronyme hébreu désignant les dommages collatéraux anticipés lors d’une frappe. L’un d’eux affirme qu’une opération pouvait prévoir la mort de 20 civils. Un autre évoque une autorisation portant sur 500 personnes, sans toutefois connaître le bilan réel de la frappe concernée.
Selon Alex Grobman, le film traite une étape de la chaîne de ciblage comme si elle représentait à elle seule l’ensemble du processus décisionnel.
Une estimation des pertes civiles permet de mesurer le risque anticipé, mais ne suffit pas à déterminer si une frappe est légale ou proportionnée. Le droit des conflits armés impose également d’évaluer l’avantage militaire attendu, l’importance de la cible, l’urgence, les armes disponibles, les solutions alternatives et les précautions prises.
La majorité des témoins de NAZA auraient travaillé dans le renseignement, souvent à distance et devant des écrans. Pour l’auteur, leur position leur permettait d’observer la collecte d’informations et l’évaluation des dommages, mais pas nécessairement l’ensemble des considérations opérationnelles, juridiques et humanitaires précédant l’autorisation finale.
Tsahal affirme que les analystes du renseignement identifient les cibles sans autoriser eux-mêmes les frappes, cette décision revenant à un commandant opérationnel après consultation de plusieurs professionnels.
Alex Grobman reconnaît cependant que certaines révélations du documentaire sont corroborées par d’autres enquêtes.
En décembre 2024, le New York Times avait rapporté, après avoir examiné des documents militaires et interrogé plus de 100 soldats et responsables israéliens, que Tsahal avait considérablement assoupli ses règles de ciblage immédiatement après le massacre du 7 Octobre.
Selon cette enquête, des officiers de rang intermédiaire pouvaient, dans certaines circonstances, autoriser des frappes présentant un risque allant jusqu’à 20 morts civiles, y compris contre des membres subalternes du Hamas.
Le quotidien américain indiquait toutefois que les restrictions avaient commencé à être renforcées quelques semaines plus tard. Tsahal conteste pour sa part l’existence d’une autorisation générale permettant systématiquement la mort de 20 civils et affirme que ce chiffre déterminait le niveau hiérarchique nécessaire pour approuver une attaque.
Pour appuyer son raisonnement, Alex Grobman cite une étude en sources ouvertes portant sur 364 frappes liées à des commandants du Jihad islamique palestinien. Selon cette reconstruction, 44,2 % de ces incidents n’auraient entraîné aucune mort collatérale identifiée et 84 % en auraient causé cinq ou moins. Seuls 3,3 % auraient fait au moins 20 victimes collatérales.
L’auteur reconnaît néanmoins les limites de ces données : l’échantillon concerne surtout des commandants et non les combattants subalternes évoqués par NAZA, tandis que les frappes contre des habitations y sont surreprésentées.
Il cite également une analyse démographique de la liste des victimes publiée par le ministère de la Santé de Gaza, montrant une surreprésentation des hommes en âge de combattre. Cette tendance ne permet cependant pas de déterminer le statut civil ou militaire de chaque victime.
La déclaration la plus spectaculaire du documentaire, concernant une frappe qui aurait été autorisée malgré une estimation de 500 morts civiles, ne comporte ni date, ni cible, ni unité militaire identifiable, ni document d’autorisation rendu public.
Tsahal a catégoriquement rejeté cette affirmation et demandé aux réalisateurs de lui présenter l’intégralité du documentaire afin de pouvoir répondre précisément à ses accusations.
Pour Alex Grobman, NAZA démontre que des décisions troublantes et des seuils exceptionnellement permissifs ont existé pendant la guerre. Il considère toutefois que les témoignages présentés ne prouvent pas que ces pratiques définissaient le fonctionnement général et permanent du système de ciblage israélien.
Cette conclusion constitue l’analyse de l’auteur et demeure contestée par les réalisateurs et les journalistes à l’origine des enquêtes sur lesquelles repose le documentaire.