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Spécial week-end | Virginia Hall, la femme à la jambe de bois qui est devenue le cauchemar des nazis
Infiltrée en France occupée, elle a bâti des réseaux de résistance, déjoué la Gestapo et marqué à jamais l'histoire du renseignement allié.


Virginia Hall rêvait d'une carrière diplomatique. Mais un accident de chasse, en 1933, lui coûte une jambe et met fin à ses ambitions au sein du département d'État américain, qui refuse alors les candidats en situation de handicap. Loin d'abandonner, elle transformera cette épreuve en une force et deviendra l'une des plus grandes espionnes de la Seconde Guerre mondiale.
Née en 1906 à Baltimore, Hall rejoint d'abord l'armée française comme conductrice d'ambulance après l'invasion allemande. Réfugiée ensuite au Royaume-Uni, elle est recrutée par le Special Operations Executive (SOE), le service secret britannique créé par Winston Churchill pour soutenir les réseaux de résistance en Europe occupée.
Envoyée en France en 1941 sous la couverture d'une journaliste américaine, elle met rapidement sur pied un vaste réseau clandestin. Elle recrute des résistants, organise des filières d'évasion, coordonne des opérations de sabotage et transmet des renseignements stratégiques aux Alliés. Parmi ses coups d'éclat figure le recrutement de la directrice d'une maison close lyonnaise, dont les employées recueillaient des informations auprès d'officiers allemands, ainsi que l'organisation de l'évasion spectaculaire de douze agents emprisonnés grâce à des outils dissimulés dans des boîtes de sardines.
Traquée par la Gestapo, qui la surnomme « la dame qui boîte » et la considère comme l'une des agentes alliées les plus dangereuses de France, Virginia Hall réussit à franchir à pied les Pyrénées enneigées malgré sa prothèse, qu'elle appelait avec humour « Cuthbert ». À Londres, ses supérieurs, ignorant qu'il s'agissait de sa jambe artificielle, lui répondirent par radio : « Si Cuthbert vous pose problème, éliminez-le. »
En 1944, elle revient clandestinement en France pour le compte de l'OSS, l'ancêtre de la CIA. Déguisée en vieille paysanne afin d'échapper aux nazis, elle arme et entraîne des centaines de résistants français et participe à de nombreuses opérations de sabotage contre les forces allemandes.
Après la guerre, Virginia Hall poursuit sa carrière au sein de la CIA jusqu'en 1966. Décorée par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, elle restera pourtant d'une discrétion absolue, refusant toute médiatisation. Son parcours demeure l'un des plus remarquables de l'histoire du renseignement.