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Allemagne : l'extrême droite pourrait décrocher une victoire historique
Les derniers sondages pour le scrutin en Saxe-Anhalt placent l’AfD très largement en tête, avec entre 41 % et 43 % des intentions de vote


L’Allemagne retient son souffle ce dimanche en Saxe-Anhalt. Dans ce Land de l’est du pays, l’Alternative für Deutschland (AfD) pourrait réaliser une percée sans précédent depuis 1945 et, dans le scénario le plus favorable au parti, obtenir suffisamment de sièges pour gouverner seule.
Environ 1,7 million d’électeurs sont appelés aux urnes. Les derniers sondages placent l’AfD très largement en tête, avec entre 41 % et 43 % des intentions de vote, loin devant la CDU, créditée d’environ 23 %. Le parti d’extrême droite avait obtenu 20,8 % des suffrages lors du précédent scrutin régional : il pourrait donc quasiment doubler son score.
La campagne est menée par Ulrich Siegmund, 35 ans, figure montante de l’AfD en Saxe-Anhalt. Il a prévenu qu’il ne chercherait pas à gouverner avec d’autres formations : son objectif est d’obtenir une majorité lui permettant de diriger seul le Land. « Si personne ne veut le faire avec nous, alors nous devrons le faire nous-mêmes », a-t-il déclaré à la télévision allemande.
La question décisive ne sera pas seulement le score de l’AfD, mais aussi celui des petites formations. En Allemagne, les partis recueillant moins de 5 % des voix n’obtiennent pas de sièges. Si plusieurs d’entre eux restent sous ce seuil, l’AfD pourrait décrocher la majorité absolue au Parlement régional avec nettement moins de 50 % des suffrages.
Cette perspective a provoqué l’apparition d’appels au « vote tactique ». Certains adversaires de l’AfD encouragent les électeurs à soutenir le SPD ou les Verts afin de leur permettre de franchir les 5 % et de réduire mécaniquement la part de sièges attribuée à l’extrême droite.
Une majorité absolue bouleverserait le système politique allemand. Jusqu’à présent, les principales formations appliquent à l’AfD un « cordon sanitaire » — le fameux Brandmauer, ou « pare-feu » — en refusant toute coalition avec elle.
La situation est d’autant plus sensible que la branche de l’AfD en Saxe-Anhalt est considérée comme une organisation d’extrême droite avérée par les services régionaux de protection de la Constitution. Au niveau fédéral, la qualification juridique du parti fait toujours l’objet d’une bataille devant les tribunaux.
Immigration, école et identité nationale
L’AfD ne cache pas l’ampleur des changements qu’elle souhaite mettre en œuvre si elle accède au pouvoir. Son programme régional prévoit notamment un durcissement massif de la politique migratoire et l’accélération des expulsions de personnes n’ayant pas le droit de rester en Allemagne.
Le parti entend également modifier profondément la politique éducative du Land : davantage de classes séparées pour certains enfants réfugiés, retour renforcé des symboles nationaux dans les établissements scolaires et interdiction des drapeaux arc-en-ciel. Il souhaite aussi donner une orientation plus « patriotique » aux programmes scolaires.
L’AfD réclame par ailleurs des restrictions sur certaines manifestations publiques de l’islam et souhaite revoir en profondeur le fonctionnement de l’audiovisuel public et le financement de plusieurs institutions culturelles.
Une victoire en Saxe-Anhalt aurait des conséquences qui dépasseraient le seul cadre régional. Les Länder disposent de compétences importantes en matière d’éducation, de police, de culture et d’administration. Ils siègent également au Bundesrat, la chambre représentant les États fédérés.
Une inquiétude particulière dans la communauté juive
La perspective d’une arrivée de l’AfD au pouvoir est suivie avec une attention particulière par les communautés juives allemandes.
À Halle, où un terroriste néonazi avait tenté de pénétrer dans une synagogue pendant Yom Kippour en 2019 avant de tuer deux personnes à l’extérieur, les responsables communautaires observent cette poussée électorale avec inquiétude.
Le débat est d’autant plus complexe que l’AfD se présente régulièrement comme un défenseur d’Israël et de la sécurité des Juifs face à l’islamisme. Certains électeurs juifs soutiennent d’ailleurs le parti en raison de ses positions sur Israël, l’immigration et l’islam radical.
Au-delà de la Saxe-Anhalt, ce scrutin sera scruté comme un indicateur de l’évolution politique de l’ensemble du pays. Lors des élections fédérales de 2025, l’AfD avait déjà doublé son score pour atteindre 20,8 % des voix, devenant la principale force d’opposition au Bundestag.
Son ascension est particulièrement spectaculaire dans les Länder de l’est, où elle capitalise sur la défiance envers les partis traditionnels, les préoccupations liées à l’immigration et un sentiment de déclassement économique et politique.
« Quel que soit le résultat, nous avons déjà écrit l’histoire », a lancé Ulrich Siegmund lors de son dernier meeting à Magdebourg, estimant que le mouvement engagé en Saxe-Anhalt était désormais « irréversible ».
Les premiers résultats sont attendus après la fermeture des bureaux de vote. Ils permettront de savoir si l’AfD se contente d’une victoire électorale majeure ou si elle parvient à franchir un seuil autrement plus symbolique : devenir la première formation d’extrême droite à gouverner seule un Land allemand depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.