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Ces musulmans kirghiz qui ont sauvé des dizaines de milliers de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale
Entre 28 000 et 50 000 réfugiés juifs auraient été accueillis au Kirghizstan


Alors que la mémoire de la Shoah est le plus souvent associée aux camps d’extermination en Europe, un épisode méconnu de cette période s’est déroulé bien loin de là, dans les montagnes du Kirghizstan, en Asie centrale. Des dizaines de milliers de Juifs y ont trouvé refuge auprès de populations musulmanes locales, qui, malgré une grande pauvreté, ont ouvert leurs portes et partagé leurs maigres ressources au cœur de la guerre.
Ce pan d’histoire est notamment porté par le témoignage de Robert Singer, président du Centre pour l’impact juif, dont la propre famille a survécu grâce à cet élan de solidarité. Selon lui, si les chiffres officiels évoquent environ 28 000 réfugiés juifs accueillis dans la région, la réalité pourrait être bien plus importante, avec jusqu’à 50 000 vies sauvées grâce au courage des habitants kirghiz.
L’histoire familiale de Singer débute en Bessarabie, aujourd’hui en Moldavie. Lors de l’invasion nazie en 1941, sa mère, Hantscha, fuit avec trois de ses sœurs après le massacre de la majorité de leur famille. Après un long périple, les jeunes femmes atteignent le village reculé de Sartenka, au Kirghizstan. Elles y rencontrent une population musulmane sunnite vivant dans des conditions précaires, mais prête à partager le peu qu’elle possède. "Je suis la preuve vivante de leur générosité", confie Singer, soulignant que sans cette aide, sa famille aurait probablement disparu.
Au fil des mois, une coexistence rare s’installe entre les réfugiés juifs et leurs hôtes. Ils partagent nourriture, travail et protection dans un contexte de pénurie généralisée. Cette solidarité dépasse la simple entraide matérielle : certains chercheurs relèvent même des similitudes culturelles et religieuses entre les traditions kirghizes et juives, renforçant les liens entre les deux communautés.
Aujourd’hui, la communauté juive du Kirghizstan ne compte plus qu’environ 1 500 membres, majoritairement âgés et installés dans la capitale, Bichkek. Pour Robert Singer, il est essentiel de préserver la mémoire de cet épisode et de soutenir ceux qui en sont les héritiers. À ses yeux, raconter cette histoire constitue non seulement un devoir de mémoire, mais aussi un message universel : même dans les périodes les plus sombres, la solidarité et l’humanité peuvent transcender les divisions religieuses et culturelles.