Israël : les partis orthodoxes prêts à lâcher Benjamin Netanyahou ?
Les signaux se multiplient en faveur d’un possible rapprochement entre les partis orthodoxes et Gadi Eisenkot.

L’alliance entre Benjamin Netanyahou et les partis orthodoxes serait-elle en train de se fissurer ? Depuis les élections du 27 octobre, les déclarations et les initiatives se multiplient, laissant entrevoir un scénario jusqu’ici improbable : celui d’une coopération entre les formations religieuses et le camp de Gadi Eisenkot.
Le mouvement est particulièrement perceptible au sein du parti Judaïsme unifié de la Torah. Selon les révélations de N12 et de Ynet, plusieurs responsables du parti envisagent de permettre à Eisenkot de former un gouvernement minoritaire, sans nécessairement y participer. En échange, ils réclameraient des garanties sur les exemptions militaires des étudiants des yeshivot, un dossier sur lequel Netanyahou n’a pas réussi à leur donner satisfaction.
« Il y a une certaine amertume chez les orthodoxes parce que Benjamin Netanyahou n’a pas réussi à faire passer la loi qui évitait leur conscription militaire. Ils lui en veulent et ils pourraient traduire cette frustration par un ralliement à Eisenkot », explique le journaliste politique Daniel Haïk.
Une prise de distance qui pourrait se traduire dès les consultations présidentielles, puisque le parti Judaïsme unifié de la Torah examine la possibilité de ne recommander aucun candidat à Isaac Herzog, plutôt que de soutenir automatiquement Netanyahou.
Plus surprenante encore est l’évolution perceptible au sein du Shas. Alors que son président, Aryeh Deri, exclut toujours un gouvernement sans le Likoud, le rabbin Moshe Maya, membre du Conseil des sages de la Torah, a récemment estimé qu’il n’y avait aucune raison d’écarter des négociations avec Eisenkot.
Benjamin Netanyahou, aux aguets, a d'ailleurs tweeté "l'importance de Shas a ses yeux", et raillé "l'hypocrisie flagrante avec laquelle Eisenkot et ses alliés sont prêts à promettre monts et merveilles aux orthodoxes pour les rallier à leur cause".
« Il est évident qu’Eisenkot ne pourra pas satisfaire tout le monde sans se faire harakiri », prévient Daniel Haïk
Cette ouverture n’est d’ailleurs pas totalement nouvelle. Dès juillet, le rabbin Yitzhak Yosef, ancien grand rabbin séfarade d’Israël et figure spirituelle majeure du Shas, avait laissé entrevoir la possibilité d’un rapprochement avec Eisenkot. Évoquant les deux dirigeants, il avait déclaré : « Netanyahou, aucune chance qu’il se repente. Eisenkot, peut-être. »
Cette nouvelle donne n’a pas échappé à Eisenkot. Selon les médias israéliens, son entourage étudie désormais la possibilité d’un gouvernement minoritaire bénéficiant de l’abstention des députés ultraorthodoxes et de certaines formations arabes.
Certains responsables de Judaïsme unifié de la Torah seraient même disposés à soutenir un tel gouvernement sans exiger l’adoption préalable d’une loi sur la conscription, à condition d’obtenir des garanties sur les budgets destinés à leur communauté. Rien n’est toutefois acquis. La question du service militaire reste un obstacle majeur, et pas seulement pour Avigdor Liberman, farouchement opposé aux exemptions.
Durant toute la campagne électorale, les différentes formations du bloc du changement ont fait de la conscription des ultraorthodoxes l’un de leurs principaux chevaux de bataille. Comment pourraient-elles aujourd’hui justifier auprès de leurs électeurs un compromis sur une question aussi centrale ? « Il est évident qu’Eisenkot ne pourra pas satisfaire tout le monde sans se faire harakiri », prévient Daniel Haïk.
