Opération Entebbe : 50 ans après, des archives bouleversent le récit officiel
Yitzhak Rabin avait initialement décidé d'accepter les exigences des terroristes et d'engager des négociations en vue d'un échange de prisonniers


À l'occasion du 50e anniversaire de l'opération Entebbe, les Archives de l'État d'Israël ont rendu publics des documents inédits qui bouleversent le récit traditionnel de l'une des opérations les plus emblématiques de l'histoire du pays. Les procès-verbaux des réunions du gouvernement montrent que, le 1er juillet 1976, le cabinet d'Yitzhak Rabin avait officiellement décidé d'accepter les exigences des terroristes et d'engager des négociations en vue d'un échange de prisonniers, faute d'alternative militaire crédible à ce stade de la crise.
Ces documents, publiés par les Archives de l'État rattachées au Bureau du Premier ministre, révèlent que les dirigeants israéliens n'ont pas privilégié dès le départ une option militaire, contrairement à l'image largement répandue. Deux jours avant le raid qui libérera les otages en Ouganda, Rabin expliquait aux ministres que la décision d'ouvrir des négociations avait été prise "la conscience tranquille", car "il n'existait alors aucune alternative militaire réalisable dans les délais impartis".
Le procès-verbal de la réunion du 1er juillet montre ainsi que le gouvernement a accepté d'autoriser son équipe de négociation à entamer immédiatement des discussions avec les ravisseurs, en se déclarant prêt à libérer des prisonniers en échange des otages. Rabin reconnaissait alors qu'Israël s'apprêtait à devenir "le premier gouvernement à accepter d'entrer dans des négociations" avec des terroristes, précisant qu'il ne s'agissait pas d'une simple manœuvre de diversion mais d'une véritable intention de parvenir à un accord.
Même le ministre de la Défense, Shimon Peres, pourtant farouchement opposé sur le principe à toute concession au terrorisme, s'était rallié à cette décision. Il avait averti ses collègues que céder aux exigences des terroristes risquait d'encourager le terrorisme international, tout en reconnaissant qu'aucun plan opérationnel n'était alors disponible.
Le tournant intervient lorsque les preneurs d'otages décident de prolonger leur ultimatum. Ce délai supplémentaire permet à Tsahal et aux services de sécurité d'élaborer, pour la première fois, une opération militaire concrète. Lors d'une nouvelle réunion gouvernementale le 3 juillet, quelques heures avant le décollage des avions vers l'Ouganda, Rabin explique que "le temps supplémentaire, les nouvelles informations et leur analyse permettent désormais d'envisager une option militaire raisonnable". À partir de ce moment, les négociations ne visent plus qu'à gagner du temps afin de préparer le raid.
Les archives montrent toutefois qu'aucun des responsables politiques ne nourrissait d'illusions sur les risques de l'opération. Rabin avertit les ministres que le raid entraînera probablement des pertes, tant parmi les soldats que parmi les otages. "Je ne veux pas que le gouvernement prenne sa décision sur la base d'hypothèses optimistes qui ne reposent pas sur les renseignements dont nous disposons aujourd'hui", déclare-t-il. "Nous nous engageons dans une opération complexe qui fera des victimes."
Les inquiétudes portent également sur la qualité des renseignements disponibles. Le ministre de la Police, Haim Bar-Lev, souligne que les informations sur le terrain sont incomplètes, tandis que Shimon Peres décrit l'opération comme "une première dans l'histoire d'Israël en dehors des frontières du Moyen-Orient".
Ces documents offrent ainsi un éclairage inédit sur la prise de décision qui a précédé le célèbre raid d'Entebbe. Ils montrent que le recours à la force n'a été adopté qu'après l'apparition d'une possibilité opérationnelle crédible, alors que le gouvernement s'était initialement résolu, par absence d'alternative, à négocier avec les ravisseurs pour tenter de sauver les otages.