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Dominique Moïsi : "Les images de Gaza ont contribué à faire disparaître celles du ghetto de Varsovie"
"Ce n’est pas la même chose et ça ne sera jamais la même chose"


L’historien et géopolitologue Dominique Moïsi s’est inquiété sur i24NEWS de la transformation profonde de la perception d’Israël dans l’opinion publique occidentale depuis la guerre à Gaza, estimant que les images du conflit tendent désormais à supplanter celles de la Shoah dans la mémoire collective.
"Je constate avec effroi que les images de Gaza ont contribué à faire disparaître celles du ghetto de Varsovie", a-t-il déclaré. Selon lui, l’image de l’enfant juif portant l’étoile jaune, longtemps symbole de la persécution des Juifs en Europe, a été remplacée dans une partie de l’imaginaire collectif par celle "des enfants palestiniens terrorisés devant les bombardements".
Dominique Moïsi met toutefois en garde contre toute assimilation entre ces deux réalités historiques. "Ce sont des images qui ne racontent pas les mêmes faits", insiste-t-il. "Ce n’est pas la même chose et ça ne sera jamais la même chose."
Le géopolitologue observe parallèlement un éloignement progressif d’une partie de l’opinion occidentale du sentiment de culpabilité hérité de la Shoah. Dans un monde où le "Sud global" occupe une place croissante, Israël serait ainsi de plus en plus présenté par ses détracteurs comme "le dernier anachronisme de l’impérialisme colonial". Une lecture qu’il conteste, rappelant que le sionisme moderne s’est notamment développé en réaction aux pogroms d’Europe de l’Est et ne saurait, selon lui, être assimilé aux entreprises coloniales française ou britannique.
Dominique Moïsi revient également sur les origines du conflit israélo-arabe. Il évoque notamment une lettre adressée à Théodore Herzl à la fin du XIXe siècle par Yusuf Diya al-Khalidi, figure musulmane de Jérusalem, qui reconnaissait la légitimité des aspirations juives tout en avertissant que la Palestine était déjà peuplée. "Le peuple sans terre, c’était vrai, mais ce n’était pas une terre sans peuple", résume-t-il.
Malgré ce constat historique et les conséquences du 7 octobre, Dominique Moïsi voit également des motifs d’espoir dans les bouleversements actuels au Moyen-Orient. Il estime notamment que le Liban pourrait, à terme, compter parmi les bénéficiaires de la nouvelle configuration régionale, en raison de l’affaiblissement considérable du Hezbollah et des lourdes pertes militaires subies par l’Iran.
Les discussions directes entre Israël et le Liban constituent à ses yeux une évolution particulièrement significative. "Le Liban chrétien et Israël ont toutes les raisons du monde pour s’entendre", affirme-t-il, ajoutant que cette possibilité dépasse la seule communauté chrétienne et concerne également "les musulmans modérés".
Pour qu’une telle évolution devienne possible, conclut Dominique Moïsi, deux conditions sont nécessaires : "Il suffit que le Hezbollah soit contenu, et il suffit que la raison revienne en Israël."