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Grégory Lévy : "L’éloquence, c’est la transmission de la conviction"
Invité du Grand Oral, l’avocat revient sur les ressorts de l’éloquence et la manière dont une plaidoirie peut transformer la perception d’un dossier.


Invité du Grand Oral, l’avocat Grégory Lévy, coauteur avec Gilles-Jean Portejoie de Les Mystères de l’éloquence aux éditions du Rocher, revient sur ce qui fait la force d’une plaidoirie : non pas seulement la maîtrise des mots, mais la capacité à porter profondément une conviction.
Pour l’avocat, l’éloquence n’est d’ailleurs pas indispensable dans tous les dossiers. Elle trouve son terrain privilégié au pénal, tandis que certaines matières très techniques, comme le droit fiscal, accordent davantage de place aux écritures. Mais lorsqu’elle intervient, elle repose sur une condition essentielle : croire à la thèse que l’on défend. « Si on n’est pas pétri de convictions, si on n’a pas la thèse du client qu’on défend dans les tripes […] on n’est jamais éloquent », explique-t-il. Pour lui, « l’éloquence, c’est la transmission de la conviction » vers le juge.
Cette parole peut même faire basculer la lecture d’un dossier. Des mêmes pages, souligne-t-il, peuvent naître plusieurs interprétations : le talent de l’avocat consiste à reconstruire les faits et à les présenter sous un angle capable de modifier la conviction du magistrat.
Grégory Lévy raconte également son propre parcours. Adolescent, alors qu’il envisageait vaguement de devenir psychologue, un professeur lui glisse simplement : « Avocat, pensez-y ». Cette phrase orientera sa vie. Plus tard, son maître Claude Guez lui transmettra son goût pour la plaidoirie et les grands orateurs.
Dans la fabrication d’une plaidoirie, Lévy accorde une attention particulière à l’ouverture, à la conclusion, à la voix, au rythme et aux silences. Il prépare souvent ses interventions à partir de quelques mots-clés plutôt que d’un texte entièrement rédigé, après avoir vécu parfois plusieurs années avec le dossier.
Au-delà du barreau, il défend enfin un véritable réapprentissage de l’oralité. Face à une génération absorbée par les smartphones et les messages courts, il estime que l’éloquence devrait être davantage enseignée : « L’éloquence et l’oralité ne sont pas mortes, elles doivent revivre différemment. »