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Pakistan : l’équilibre fragile d’un médiateur sous contraintes stratégiques
Le pays s’impose comme un possible médiateur entre Washington et Téhéran, tout en restant lié militairement à l’Arabie saoudite et exposé à des enjeux économiques majeurs en cas d’escalade régionale.


Dans un contexte de fortes tensions entre les États-Unis, l’Iran et leurs alliés régionaux, le Pakistan apparaît comme un acteur singulier, à la fois interlocuteur crédible et puissance aux intérêts directement exposés. Pour le journaliste Ahmed Quraishi, basé à Islamabad, cette position n’est pas le fruit du hasard mais le résultat d’un équilibre stratégique construit sur plusieurs décennies.
Contrairement aux apparences, le Pakistan joue depuis longtemps un rôle discret dans les relations entre Téhéran et Washington. Quraishi rappelle que le pays a déjà servi de canal indirect, notamment sur les questions nucléaires, facilitant des échanges sensibles entre l’Iran et les États-Unis. Malgré des relations parfois conflictuelles — comme les frappes croisées entre les deux pays en 2024 — Islamabad et Téhéran ont maintenu un dialogue fonctionnel.
Ce qui distingue aujourd’hui le Pakistan, c’est sa capacité à conserver des liens avec toutes les parties. Alliée militaire historique des États-Unis, notamment au niveau des appareils de défense, la puissance nucléaire pakistanaise entretient également une relation de travail avec l’Iran. Fait notable dans le conflit actuel : contrairement à d’autres acteurs régionaux, le Pakistan n’a pas été ciblé par des frappes iraniennes.
Mais cette posture de médiateur reste fragile. Quraishi souligne que le Pakistan n’est pas neutre. Lié à l’Arabie saoudite par un pacte de défense, Islamabad pourrait être contraint d’intervenir militairement si Riyad était directement attaqué. Des responsables pakistanais ont d’ailleurs déjà laissé entendre qu’un tel scénario entraînerait une participation aux opérations contre l’Iran.
Au-delà des considérations militaires, les enjeux économiques sont déterminants. Le Pakistan dépend fortement du pétrole du Golfe, tandis qu’une large partie de sa diaspora vit dans ces pays. Toute déstabilisation durable de la région, notamment une fermeture du détroit d’Ormuz, constituerait une menace directe pour son économie.
Dans ce contexte, Islamabad espère avant tout éviter une escalade régionale et favoriser une issue diplomatique. Mais comme le souligne Ahmed Quraishi, le Pakistan marche sur une ligne de crête, entre rôle de médiateur et impératifs stratégiques.