Israël : le ministre de la Culture veut retirer la citoyenneté aux réalisateurs de « NAZA »
Le ministre israélien de la Culture, Miki Zohar, a annoncé vouloir engager une procédure visant à retirer la citoyenneté israélienne aux réalisateurs Yuval Abraham et Rachel Szor.


La polémique a éclaté après l’attribution du Prix spécial du jury à NAZA lors de la Mostra de Venise. Dimanche soir, Miki Zohar a vivement dénoncé le film et accusé ses deux créateurs d’avoir porté atteinte à leur pays, allant jusqu’à qualifier leur démarche d’« acte de trahison ». Il a déclaré vouloir agir rapidement pour leur retirer la citoyenneté israélienne.
Le ministre a également défendu la réforme du secteur cinématographique qu’il a portée, estimant que l’argent public israélien ne devait pas servir à financer des productions qu’il considère comme hostiles à l’État ou à l’armée israélienne.
Réalisé à partir d’entretiens avec 24 soldats et officiers israéliens, NAZA affirme que certains de ces militaires ont participé à la planification ou à l’utilisation de systèmes employés pendant la guerre dans la bande de Gaza. Le documentaire soutient que les opérations militaires israéliennes ont entraîné de manière systématique un nombre très important de victimes civiles.
Israël rejette ces accusations. L’armée israélienne a notamment contesté la fiabilité du documentaire, soulignant que celui-ci s'appuie sur des témoignages anonymes dont elle affirme ne pas pouvoir vérifier l’identité ni les fonctions militaires.
Présenté jeudi à Venise, le film a reçu un accueil particulièrement enthousiaste et une longue ovation. Son titre, NAZA, reprend un acronyme militaire israélien faisant référence aux « dommages collatéraux ».
Après avoir reçu le prix, Yuval Abraham a répondu aux attaques venues d’Israël, reprochant à certains responsables politiques et journalistes de condamner le documentaire sans l’avoir vu.
Le réalisateur a appelé les publics israélien, européen et américain à découvrir le film. Il estime notamment que les Israéliens doivent être confrontés aux accusations qu’il formule concernant les opérations menées à Gaza.
La récompense obtenue à Venise et les déclarations de Miki Zohar placent ainsi NAZA au centre d’une nouvelle controverse en Israël, entre accusations contre la conduite de la guerre, rejet de ces affirmations par l’armée et débat sur les limites de la critique artistique en période de conflit.