Le mystère des œuvres juives et israéliennes cachées en Iran
Le musée d’art contemporain de Téhéran possède des œuvres de Yaacov Agam et d’autres artistes juifs, héritage méconnu de la collection constituée sous le règne du shah.


Le musée d’art contemporain de Téhéran conserve dans ses collections des œuvres d’artistes juifs et israéliens, dont plusieurs pièces attribuées à Yaacov Agam, figure majeure de l’art cinétique israélien. Une présence étonnante, héritée des acquisitions réalisées dans les années 1970 par l’impératrice Farah Pahlavi, avant la révolution islamique de 1979.
L’histoire commence à Paris, au début des années 1970. Farah Pahlavi, alors impératrice d’Iran, visite le palais de l’Élysée, où le président français Georges Pompidou et son épouse Claude ont fait aménager une installation spectaculaire par Yaacov Agam. L’œuvre, connue sous le nom de Salon Agam, transforme l’antichambre des appartements privés en un univers de couleurs et de formes géométriques.
Selon Ron Agam, fils de l’artiste, l’impératrice est immédiatement séduite. Elle rencontre ensuite Yaacov Agam à Paris, découvre plusieurs de ses œuvres et en acquiert un certain nombre.
Ces pièces s’inscrivent dans une vaste collection voulue par Farah Pahlavi pour le musée d’art contemporain de Téhéran, inauguré en 1977. Grâce aux revenus du pétrole, l’impératrice fait alors acheter des œuvres de grands noms de l’art moderne et contemporain : Pablo Picasso, Andy Warhol, Claude Monet, Jackson Pollock, Vincent Van Gogh ou encore Pierre-Auguste Renoir. En 2018, la collection était estimée à environ 3 milliards de dollars, probablement bien davantage aujourd’hui.
Mais le sort exact des œuvres de Yaacov Agam reste flou. Après la révolution islamique, de nombreuses pièces occidentales ou jugées sensibles ont été placées dans les réserves du musée. Ce n’est qu’à partir de la fin des années 1990 et du début des années 2000 que certaines œuvres ont commencé à être exposées à nouveau.
Selon un ancien article iranien cité par le Times of Israel, la collection du musée compterait « plus de 10 œuvres » de Yaacov Agam. Pourtant, leur nombre exact, leurs titres et leur état actuel demeurent inconnus. Farah Pahlavi elle-même n’aurait pas été en mesure de préciser combien d’œuvres avaient été acquises.
D’autres artistes juifs figurent également dans la collection du musée, parmi lesquels Roy Lichtenstein, Man Ray, Camille Pissarro, Jules Pascin, Larry Rivers, Jim Dine ou encore Gisèle Freund. Certaines de ces œuvres ont parfois été exposées. Début mai, quelques semaines après le cessez-le-feu entre l’Iran, Israël et les États-Unis, le musée a inauguré une exposition intitulée Art and War, où figurait notamment Roy Lichtenstein.
L’histoire de cette collection doit aussi beaucoup à Donna Stein, conservatrice juive américaine, qui a travaillé dans les années 1970 comme consultante artistique pour le bureau de l’impératrice. Elle a contribué à recommander l’achat de nombreuses œuvres occidentales pour le futur musée, même si les acquisitions de Yaacov Agam relevaient directement du choix personnel de Farah Pahlavi.
Au moins une œuvre d’Agam aurait toutefois été vue au musée ces dernières années. Une visiteuse juive américaine, en voyage organisé en Iran en 2015, affirme avoir reconnu une œuvre de l’artiste au musée de Téhéran. Selon son souvenir, le cartel indiquait que l’artiste venait de Jérusalem, et non d’Israël.
Pour Ron Agam, le mystère reste entier. Ayant lui-même séjourné en Iran avec son père en 1977, il espère pouvoir un jour retourner à Téhéran et revoir ces œuvres. « Mon rêve est de visiter l’Iran et de revoir ces œuvres », a-t-il confié. « Ce serait incroyable. »