Nathan Devers : penser Israël, aimer Jérusalem, affronter le réel
Au Grand Oral, Nathan Devers propose une réflexion profonde sur Israël et Jérusalem, entre idée, fragilité et résilience, appelant à penser le pays comme un « rêve » à la fois puissant et vulnérable.


Sur le plateau du Grand Oral, le philosophe Nathan Devers livre une réflexion dense, habitée, presque intime sur Israël et Jérusalem. À travers son ouvrage Aimer Jérusalem, il ne propose pas seulement une analyse géopolitique ou religieuse : il tente de « défendre Israël, mais comme une idée », une démarche singulière qui traverse toute son intervention .
Pour lui, Israël est d’abord une tension fondatrice, une posture existentielle : « c’est la capacité de pouvoir se dresser (…) contre l’ordre établi », une humanité « qui ne s’agenouille pas » et qui affirme sa liberté . Une définition qui dépasse le territoire pour toucher à l’essence même du peuple juif, qu’il décrit comme « un peuple qui est sorti d’un livre », façonné par le texte plus que par la géographie ou l’histoire .
Mais cette pensée prend une dimension bouleversante lorsqu’il évoque le 7 octobre, vécu depuis Beyrouth. Une journée de « mort intérieure » pour lui, alors même qu’il assiste, sidéré, à des scènes de joie dans une manifestation pro-Hezbollah. « J’ai vu le 7 octobre (…) comme une journée de joie », dit-il, résumant un choc moral qui devient le point de départ de sa réflexion sur « comment répondre au mal » .
Nathan Devers ne cède ni à la simplification ni à l’angélisme. Il insiste sur la fragilité d’Israël : « Israël demeure éminemment vulnérable (…) périssable », une lucidité qu’il juge indispensable pour être véritablement fort .
Face à Jérusalem, ville de toutes les contradictions, il plaide pour une fidélité à son idée : une coexistence imparfaite mais essentielle. « Je me fais le serment de rester citoyen à jamais de l’idée de Jérusalem », affirme-t-il, dans une déclaration qui sonne comme un engagement philosophique autant que personnel .
Au fond, son propos dépasse le seul cas israélien. Défendre Israël, explique-t-il, ce n’est pas défendre un nationalisme, mais « un rêve » — un rêve fragile, parfois malmené, mais toujours vivant. Une vision rare, exigeante, qui redonne à la pensée une place centrale dans un débat souvent dominé par l’émotion et l’urgence.