Spécial week-end | Desert Warrior : le pari à 150 millions de dollars qui a tourné au fiasco pour l’Arabie saoudite
Pensé comme la vitrine du renouveau culturel saoudien, Desert Warrior devait propulser le royaume sur la scène hollywoodienne.


Présenté comme la vitrine culturelle de la nouvelle Arabie saoudite, Desert Warrior devait symboliser les ambitions du prince héritier Mohammed ben Salmane et de son programme « Vision 2030 ». Avec un budget estimé à 150 millions de dollars, des stars internationales comme Anthony Mackie et Ben Kingsley, ainsi que des décors monumentaux construits dans le désert saoudien, le film devait démontrer que le royaume pouvait devenir une puissance mondiale du divertissement.
Le résultat a pourtant été tout autre.
Tourné pendant plusieurs années dans des conditions compliquées, le long-métrage a connu de nombreux retards, des conflits créatifs et même l’éviction temporaire de son réalisateur, Rupert Wyatt. Les producteurs saoudiens souhaitaient un film d’action spectaculaire, tandis que le cinéaste défendait une fresque historique plus ambitieuse.
L’histoire, centrée sur une rébellion dans la péninsule arabique du VIIe siècle, devait également servir de vitrine au projet de modernisation du royaume. Mais le contexte géopolitique a rapidement compliqué les choses. La guerre à Gaza puis les tensions régionales avec l’Iran ont rendu le sujet particulièrement sensible pour les distributeurs internationaux.
Selon plusieurs médias spécialisés, aucun grand studio hollywoodien n’a finalement accepté d’assurer une large diffusion du film. Distribué par une société indépendante, Desert Warrior a réalisé un démarrage catastrophique aux États-Unis avec moins de 500 000 dollars de recettes sur plus de 1 000 écrans.
Les critiques ont également été sévères. Avec environ 29 % d’avis favorables sur Rotten Tomatoes, le film a été qualifié par certains observateurs de « publicité géante » destinée à promouvoir l’industrie cinématographique saoudienne plutôt qu’une véritable œuvre de cinéma.
Même en Arabie saoudite, le public n’a pas répondu présent. Le film n’a généré qu’environ 87 000 dollars lors de son premier week-end d’exploitation.
Au-delà de l’échec commercial, Desert Warrior illustre les limites d’une stratégie reposant uniquement sur les investissements massifs. Si Riyad peut construire des studios, attirer des stars et financer des productions ambitieuses, le succès artistique et l’adhésion du public restent, eux, impossibles à acheter.