Attentat de Trappes : le tireur avoue avoir prémédité son attaque et déclare n'avoir "aucun regret"
Kévin T., 39 ans, a reconnu avoir spécifiquement visé des personnes qu'il percevait comme musulmanes, africaines ou nord-africaines


Kévin T., 39 ans, accusé d'avoir tué une personne et blessé sept autres lors d'une série de fusillades à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines, le 23 octobre, a reconnu avoir prémédité son attaque et affirmé n'éprouver "aucun regret". Lors d'une conférence de presse jeudi, le procureur national antiterroriste Olivier Christen a révélé que le suspect avait délibérément choisi ses victimes en fonction de leur origine ou de leur religion supposée. Il a été présenté à trois juges d'instruction antiterroristes, tandis que le parquet a requis son placement en détention provisoire.
Au cours de ses auditions, Kévin T. a expliqué avoir choisi Trappes parce qu'il considérait cette ville comme "un repaire d'islamistes". Il a reconnu avoir spécifiquement visé des personnes qu'il percevait comme musulmanes, africaines ou nord-africaines, tout en contestant le caractère terroriste de ses actes, qu'il estime légitimes. Selon le procureur, l'attaque avait fait l'objet d'une préparation minutieuse. À bord de son véhicule, le suspect a ouvert le feu en huit endroits différents sur un parcours de 12 kilomètres, tirant au moins 128 munitions. Pengo Bossio Wangi, un Français de 26 ans, a été tué et sept autres personnes ont été blessées, dont quatre grièvement.
Les perquisitions menées au domicile du suspect, à Plaisir, ont également permis de découvrir plusieurs documents et objets susceptibles d'éclairer ses motivations. Les enquêteurs ont notamment retrouvé un exemplaire de Mein Kampf d'Adolf Hitler, un Coran, une Bible ainsi que des autocollants comportant des slogans nationalistes. Parmi eux figuraient 30 autocollants portant l'inscription "Vive la France, RN, fier d'être français", 99 autres affichant "100 % français, Vive la France" et 98 portant la mention "Soutien aux forces de l'ordre". Kévin T. a reconnu les avoir lui-même conçus et fabriqués, tout en affirmant n'être ni adhérent ni sympathisant d'aucun parti politique. Le parquet avait précédemment démenti la découverte de tracts politiques dans son véhicule.
Le passé militant de l'accusé soulève également des interrogations. Selon le compte X "Sword of Solomon", Kévin T. a été aperçu lors de manifestations de la gauche radicale, notamment dans des rassemblements pro-palestiniens. Des photographies circulant sur les réseaux sociaux le montrent aux côtés de militants de gauche. Ces différents éléments ne permettent pas, à ce stade, d'établir une appartenance à une organisation d'extrême gauche ou à l'inverse d'extrême droite. Les enquêteurs cherchent à reconstituer son parcours idéologique et ses éventuels engagements politiques.
L'enquête a également mis en évidence plusieurs éléments préoccupants concernant la préparation de l'attaque. Les policiers ont découvert dans sa voiture un pistolet-mitrailleur, des chargeurs, un couteau, un pointeur laser, des menottes et un brassard de police. Son appartement avait par ailleurs été piégé à l'aide d'un dispositif au gaz muni de minuteurs, susceptible de provoquer une explosion. Des analyses toxicologiques ont révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang au moment des faits. Après une interruption de sa garde à vue pour des examens psychiatriques, les médecins ont estimé que son état permettait la reprise des interrogatoires, sans constater de signes d'un épisode délirant aigu.
Le Parquet national antiterroriste a ouvert une information judiciaire notamment pour assassinat et tentatives d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante liée à l'origine ou à la religion réelle ou supposée des victimes. Les investigations, désormais confiées à trois juges d'instruction antiterroristes, devront notamment déterminer les motivations exactes du suspect et établir s'il a bénéficié de complicités. Les autorités poursuivent également leurs recherches pour reconstituer l'ensemble de son parcours et les circonstances de cette attaque.