Caroline Yadan dénonce l’interdiction française du commerce avec les implantations israéliennes
La députée juge la mesure annoncée par Jean-Noël Barrot juridiquement inapplicable, diplomatiquement déséquilibrée et préjudiciable aux Palestiniens


La députée Caroline Yadan s’est désolidarisée de la décision du gouvernement français d’engager des « restrictions nationales d’interdiction de commerce de biens issus des colonies israéliennes ».
Dans un communiqué, elle qualifie cette mesure portée par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot d’« inapplicable, incohérente, déséquilibrée et contre-productive ».
L’élue condamne sans réserve les violences commises contre des civils palestiniens par des civils israéliens et réclame que leurs auteurs soient poursuivis. Elle estime toutefois que cette annonce renforce une pression diplomatique concentrée sur Israël et accentue le déséquilibre de la politique française au Proche-Orient.
Caroline Yadan conteste d’abord la faisabilité juridique d’une interdiction décidée unilatéralement par Paris. Elle rappelle que la politique commerciale commune relève de la compétence exclusive de l’Union européenne, en vertu des articles 3 et 207 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.
La France ne pourrait donc pas, selon elle, instaurer seule une telle interdiction au sein du marché unique. La députée considère qu’il s’agit, à ce stade, d’une « déclaration d’intention » dont le gouvernement n’a démontré ni les modalités d’application ni la solidité juridique.
L’élue reproche également au gouvernement français de ne pas exercer une pression comparable sur l’Autorité palestinienne. Elle affirme que les engagements pris par Mahmoud Abbas après la reconnaissance d’un État palestinien par la France en septembre 2025 n’ont pas été respectés.
Elle cite notamment l’organisation d’élections libres, la réforme des manuels scolaires, la lutte contre l’incitation à la violence et la suppression du système de versements financiers aux auteurs d’attaques et à leurs familles, parfois désigné par l’expression « pay for slay ».
Caroline Yadan critique aussi le maintien du financement français de l’UNRWA, malgré les accusations visant certains membres de l’agence concernant leurs liens avec le Hamas et des contenus éducatifs incitant à la haine.
La députée compare l’attention accordée par la France au conflit israélo-palestinien à son action face à d’autres différends territoriaux ou violations du droit international, notamment en Ukraine, à Chypre, au Sahara occidental ou dans le Haut-Karabakh.
Tout en reconnaissant que ces situations ne sont pas juridiquement identiques, elle demande que les principes du droit international soient appliqués avec davantage de cohérence.
Elle regrette également les propos tenus le 4 septembre par Jean-Noël Barrot, qui affirmait ne connaître aucun autre pays ayant « fait autant pour la cause palestinienne depuis le 7 Octobre ». Une déclaration qui témoigne, selon elle, d’un éloignement progressif de la relation historique entre la France et Israël.
Caroline Yadan estime enfin que l’interdiction pourrait fragiliser les coopérations économiques entre Israéliens et Palestiniens et affecter les dizaines de milliers de Palestiniens travaillant en Judée-Samarie.
« Une politique menée au nom des intérêts palestiniens ne peut faire l’économie d’une évaluation de ses conséquences sur les Palestiniens eux-mêmes », souligne-t-elle.
La députée appelle la France à défendre simultanément le droit international, la sécurité d’Israël, les droits des Palestiniens et une solution à deux États. Selon elle, Paris ne pourra retrouver un rôle de médiateur qu’en conservant la confiance des deux parties et en exigeant des engagements de chacune.