France : des mandats d’amener visent Nili Kupfer-Naouri et Rachel Touitou pour "complicité de génocide"
Les juges estiment que des actions civiles de blocage de convois humanitaires pourraient relever du champ du droit pénal international


Une décision judiciaire française provoque une vive controverse en Israël et en France. Des juges d’instruction français ont émis des mandats d’amener à des fins d’audition contre Nili Kupfer-Naouri et Rachel Touitou, deux Franco-Israéliennes, soupçonnées d’avoir entravé l’acheminement de l’aide humanitaire vers la bande de Gaza durant la guerre entre Israël et les terroristes du Hamas.
Les plaintes, déposées par plusieurs organisations pro-palestiniennes, visent des faits qualifiés de "complicité de génocide" et "d’incitation publique et directe au génocide". Les juges estiment que des actions civiles de blocage de convois humanitaires pourraient relever du champ du droit pénal international. Les faits reprochés se seraient déroulés entre janvier et novembre 2024, ainsi qu’en mai 2025.
Nili Kupfer-Naouri, avocate et présidente de l’association "Israel is Forever", a confirmé elle-même l’existence du mandat. Rachel Touitou est, pour sa part, la porte-parole du collectif "Tsav 9", impliqué dans des blocages aux points de passage de Kerem Shalom et Nitzana. Selon la presse française, Tsav 9 aurait organisé les actions sur le terrain, tandis qu’Israel Is Forever appelait à y participer et mobilisait des volontaires.
Contrairement à des mandats d’arrêt, ces mandats d’amener n’entraînent pas d’incarcération automatique, mais autorisent une comparution forcée devant un juge. Ils peuvent, en théorie, être exécutés dans l’ensemble de l’Union européenne. La procédure contourne le Parquet national antiterroriste (PNAT), compétent en matière de crimes internationaux, illustrant la volonté de certains magistrats d’élargir l’interprétation juridique de la notion de "complicité".
Les réactions n’ont pas tardé. Rachel Touitou a dénoncé sur le réseau X une justice française qu’elle accuse de complaisance idéologique, tandis que Nili Kupfer-Naouri parle d’une "persécution antisémite" et d’un précédent dangereux pour les binationaux franco-israéliens.
À l’inverse, des organisations pro-palestiniennes, dont Nidal et l’UJFP, ont salué une "reconnaissance juridique" du fait que l’entrave à l’aide humanitaire puisse constituer un crime grave.
Un soutien politique israélien est toutefois venu contrebalancer ces critiques. Yossi Taieb, député du parti Shas et président du groupe d’amitié parlementaire Israël-France, a adressé une lettre de soutien appuyée aux deux militantes. Il y condamne avec fermeté toute accusation de génocide contre Israël, qu’il qualifie de "falsification grave de la réalité, du droit et de l’Histoire", rappelant qu’Israël mène une guerre défensive contre une organisation terroriste. "Sans intention génocidaire, il ne peut y avoir de génocide", écrit-il, dénonçant une "inversion morale dangereuse" et affirmant sa solidarité totale avec les deux mises en cause.