Ismaël Boudjekada jugé pour apologie du terrorisme : 18 mois de prison requis
L'élu du Doubs avait également diffusé les noms et adresses de membres d’un groupe WhatsApp de la communauté juive, les présentant comme des cibles sous l’intitulé "Alerte cafards"


Le tribunal correctionnel de Paris rendra sa décision le 19 mai dans le procès d’Ismaël Boudjekada, conseiller municipal d’opposition à Grand-Charmont, poursuivi pour apologie du terrorisme et divulgation d’informations personnelles. Le parquet a requis 18 mois de prison, dont huit ferme, ainsi que trois ans d’inéligibilité avec exécution provisoire et une interdiction de contact avec les victimes.
Âgé de 30 ans, l’élu, qui se défend seul, revendique la liberté d’expression et invoque régulièrement l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme. À la barre, il s’est présenté comme "élu de la République" et "journaliste", contestant toute intention de faire l’apologie d’actes terroristes. Il assure vouloir provoquer le débat et dénonce un "procès politique".
Les poursuites portent sur plusieurs publications diffusées sur X, TikTok ou Instagram, notamment après le 7 octobre 2023, date de l’attaque des terroristes du Hamas contre Israël. Il lui est reproché d’avoir minimisé le massacre de civils israéliens, qualifié Yahya Sinwar de "héros" et affirmé que le Hamas serait un "mouvement de résistants". Il a également commenté l’agression de supporters du Maccabi Tel-Aviv à Amsterdam en regrettant qu’"ils n’aient pas pris assez", des propos qu’il a reconnus comme un "dérapage".
Le tribunal a aussi examiné des faits de "doxing" : l’élu a diffusé les noms et adresses de membres d’un groupe WhatsApp de la communauté juive, les présentant comme des cibles sous l’intitulé "Alerte cafards". Il affirme avoir voulu dénoncer des individus posant avec des armes et dit avoir alerté la police sans succès.
Les parties civiles, parmi lesquelles l’Organisation juive européenne, la Licra et le B’nai B’rith, estiment que les infractions sont caractérisées. La représentante du parquet national de lutte contre la haine en ligne a dénoncé "le cirque" entretenu sur les réseaux sociaux, rappelant que le débat public ne saurait justifier l’apologie d’actes terroristes.
Déjà condamné en 2024 à 20 000 euros d’amende et à trois ans d’inéligibilité pour des faits similaires, et déclaré inéligible par le Conseil constitutionnel pour irrégularités financières, Ismaël Boudjekada continue de rejeter toute accusation d’antisémitisme. À l’issue de l’audience, il a réaffirmé avoir "gagné la bataille de l’opinion" et plaidé la relaxe.