Sébastien Lecornu : "La haine des juifs, c'est la haine de la République"
Entre annonces législatives, défense d’Israël et appel à la clarté politique, il a promis que la République « ne cédera rien » à la haine.


Au 40ᵉ dîner du CRIF, le Premier ministre français Sébastien Lecornu a prononcé un discours dense, mêlant rappel historique, fermeté juridique et engagement politique. Devant les plus hautes autorités de l’État et les représentants des institutions juives de France, il a affirmé que « la haine des Juifs, c’est la haine de la République », plaçant la lutte contre l’antisémitisme au cœur du pacte républicain.
D’emblée, le chef du gouvernement a inscrit son propos dans la longue histoire française, évoquant l’émancipation des Juifs en 1791, l’affaire Dreyfus et la fidélité de la République à ses principes, « sauf Vichy, qui n’était pas la France fidèle à elle-même ». Mais il a aussi reconnu une inquiétude contemporaine profonde : celle de familles juives qui s’interrogent sur leur sécurité au quotidien, dans un climat où « le poison du communautarisme » menace de fracturer la nation.
Constatant un retour « brutal » de l’antisémitisme dans l’espace public, sur les réseaux sociaux comme dans la parole politique, Sébastien Lecornu a dénoncé les ambiguïtés sémantiques visant à substituer l’antisionisme à l’antisémitisme. « Soutenir Israël, ce n’est pas soutenir un gouvernement », a-t-il rappelé, distinguant l’existence d’un État de la critique légitime de ses dirigeants. « Se dire antisioniste, ce n’est pas critiquer une politique, c’est contester le droit même d’Israël à exister. »
Le Premier ministre a annoncé que le gouvernement inscrirait à l’ordre du jour du Parlement la proposition de loi portée par la députée Caroline Yadan au mois d'avril, visant à mieux réprimer les appels à la destruction d’Israël. Il a également confirmé la volonté de rendre inéligibles les auteurs de propos antisémites, estimant que « la liberté d’expression n’est pas la liberté d’exclure ».
Tout en rappelant l’attachement de la France à une solution à deux États, il a mis en garde contre « l’instrumentalisation politique du droit international » et l’usage du terme « génocide » comme « arme politique ». « La guerre des mots prépare la guerre contre les personnes », a-t-il averti.
En conclusion, le Premier ministre a appelé à un combat « politique, culturel et civilisationnel » contre la banalisation de la haine. « Ne rien céder, jamais », a-t-il lancé, promettant que la République saurait affronter ces nouvelles formes d’antisémitisme avec « des idées claires » et « de nouvelles armes juridiques ».