Strasbourg : le mobile antisémite écarté après l’agression de trois étudiants juifs
Melek M. a été condamnée à quatre mois de prison avec sursis pour l’agression de trois étudiants juifs. Le tribunal n’a pas retenu la circonstance aggravante d’antisémitisme.


Le tribunal correctionnel de Strasbourg a condamné, lundi 14 septembre, Melek M., âgée de 23 ans, à quatre mois de prison avec sursis. Elle devra également verser 600 euros de dommages et intérêts à chacune des trois victimes. La seconde prévenue, Ines L., a été relaxée faute de preuves suffisantes, selon le compte rendu d’audience du Monde.
Les faits remontent à la nuit du 28 janvier 2024, sur le campus de l’université de Strasbourg. Arthur C. et les sœurs jumelles Haya S. et Shterna S. barraient des inscriptions « Israël assassin », inscrivaient « Non à l’antisémitisme » et collaient des affiches réclamant la libération des otages retenus par le Hamas.
Une altercation a alors éclaté avec Melek M., qui reprochait à l’une des étudiantes de la filmer. Après l’envoi d’un message sur un groupe Signal, plusieurs hommes cagoulés et masqués sont arrivés sur les lieux. Arthur C. a été projeté au sol et roué de coups. Haya S. a raconté avoir été frappée aux jambes et au ventre avant d’être jetée à terre.
Les victimes affirment avoir été insultées aux cris de « fascistes sionistes » et de « sales sionistes ». Les hommes soupçonnés d’avoir porté les coups n’ont jamais été identifiés.
La procédure avait initialement été ouverte avec la circonstance aggravante d’antisémitisme. Celle-ci a toutefois été abandonnée au cours des investigations et n’a pas été retenue à l’audience.
Le procureur Guillaume Spindler a estimé que les éléments du dossier permettaient d’établir un différend politique autour du conflit israélo-palestinien, mais pas, au-delà du doute raisonnable, un mobile lié à la religion ou à l’appartenance réelle ou supposée des victimes à la communauté juive. Le tribunal a suivi cette analyse.
Le Conseil représentatif des institutions juives de France et l’Organisation juive européenne souhaitaient faire reconnaître le caractère antisémite des violences. Leur constitution de partie civile a cependant été déclarée irrecevable.
Melek M. a été reconnue coupable bien qu’elle n’ait pas elle-même porté les coups. La justice a considéré que son comportement et ses appels avaient contribué au déclenchement des violences. Les éléments recueillis contre Ines L., notamment des appels téléphoniques et la localisation de son téléphone à proximité du campus, n’ont en revanche pas été jugés suffisants pour établir sa participation.
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L’Union des étudiants juifs de France a vivement réagi au jugement, affirmant que les trois victimes avaient été « rouées de coups » en raison de leur identité et de leur engagement. « Que faut-il de plus pour nommer l’antisémitisme ? », a dénoncé l’organisation.
Cette décision ravive le débat sur la qualification judiciaire des violences visant des personnes juives dans un contexte lié à Israël, ainsi que sur la frontière entre hostilité politique, antisionisme et antisémitisme.