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Australie : une enquête dénonce des maltraitances visant les patients juifs dans les hôpitaux


Les manifestations pro-palestiniennes apparues dans les rues australiennes après le 7 octobre se sont progressivement invitées jusque dans les établissements hospitaliers

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File photo of a pro-Palestinian rally in Sydney, Australia, November 4, 2023.
File photo of a pro-Palestinian rally in Sydney, Australia, November 4, 2023.AP Photo/Mark Baker

Une vaste enquête publiée par The Australian met en lumière une série de témoignages alarmants faisant état d'une recrudescence de l'antisémitisme dans le système de santé australien depuis les attaques du 7 octobre 2023. Plus de trente médecins, infirmiers, sages-femmes et autres professionnels de santé y décrivent un climat de tensions politiques, des discriminations présumées à l'encontre de patients et de soignants juifs, ainsi que des dérives qui suscitent une profonde inquiétude au sein de la communauté juive.

Selon les témoignages recueillis, les manifestations pro-palestiniennes apparues dans les rues australiennes après le 7 octobre se sont progressivement invitées jusque dans les établissements hospitaliers.

Dans plusieurs hôpitaux de Melbourne et Sydney, des membres du personnel auraient porté des badges et affiches arborant le slogan « De la rivière à la mer ». Des autocollants politiques auraient été collés dans les services, notamment une étoile de David barrée d'un trait rouge.

À l'hôpital Alfred de Melbourne, un autocollant de ce type aurait même été apposé près du lit d'un patient juif en fin de vie, alors que l'établissement a historiquement bénéficié d'importants dons de philanthropes juifs.


Parallèlement, l'enquête décrit une multiplication de publications à caractère politique sur les réseaux sociaux de certains professionnels de santé. Selon le Dr Carly Devinsky, neurologue pédiatrique aujourd'hui installée en Israël, certains médecins et infirmiers auraient partagé des caricatures antisémites, des références au nazisme ou encore des messages remplaçant le mot « Juifs » par « sionistes ».

Elle affirme que ce type de contenus continue d'être diffusé près de trois ans après les événements. Après l'attentat de Bondi Beach, un médecin expérimenté aurait ainsi qualifié les participants à un rassemblement commémoratif de « sionistes soutenant le génocide ». Les éléments ont été transmis à la commission d'enquête.

L'enquête décrit également une dégradation du climat de travail dans plusieurs établissements.


Des groupes Facebook utilisés jusque-là pour organiser les gardes ou les échanges entre collègues seraient devenus des espaces de confrontation politique. Plusieurs soignants juifs affirment avoir été exclus ou pris pour cible après avoir évoqué les otages israéliens détenus à Gaza ou les massacres du 7 octobre.

Dans un grand hôpital de Melbourne, une infirmière expérimentée a quitté son service de soins intensifs après plus de dix ans d'exercice, estimant que sa direction n'avait pas réagi face aux publications haineuses de certains collègues.

« Si des gens sont capables de publier ce genre de choses en ligne, imaginez comment ils traitent un patient juif en face à face », confie-t-elle sous couvert d'anonymat.

Les témoignages les plus préoccupants concernent toutefois la prise en charge de patients juifs.


Depuis la diffusion d'une vidéo montrant deux employés de l'hôpital de Bankstown, à Sydney, tenir des propos hostiles envers des patients israéliens, plusieurs membres de la communauté juive disent désormais préférer ne plus mentionner leur religion lors de leur admission à l'hôpital.

Charlotte Freiman, 64 ans, fille d'un survivant d'Auschwitz, affirme avoir vécu une expérience particulièrement traumatisante dans une clinique de Melbourne où elle reçoit des traitements contre un cancer.

Selon son témoignage, un infirmier avec lequel elle entretenait jusque-là des relations cordiales aurait changé d'attitude après avoir découvert qu'elle était juive. Lors de la pose d'une perfusion, il aurait tenté à quatre reprises d'insérer l'aiguille, lui causant d'importantes douleurs et des ecchymoses persistantes. La scène se serait répétée lors de consultations ultérieures. « On aurait dit un stagiaire, pas un infirmier expérimenté », raconte-t-elle.

Une autre patiente israélienne, Orit Brand, affirme avoir subi une expérience similaire dans un hôpital de Melbourne. Après huit tentatives infructueuses de pose d'une perfusion par une radiologue portant le hijab, elle aurait demandé l'intervention d'un autre professionnel, qui aurait réussi du premier coup, sans douleur.

L'enquête souligne qu'aucune preuve ne permet d'établir le caractère intentionnel de ces incidents. Toutefois, plusieurs infirmières interrogées affirment que les protocoles hospitaliers limitant le nombre de tentatives par un même soignant auraient été enfreints.

Pour Nurit Haddad, infirmière spécialisée en santé mentale en Nouvelle-Galles du Sud, ces récits reviennent régulièrement.

« Les histoires d'aiguilles se répètent sans cesse. C'est le moyen le plus facile de faire souffrir quelqu'un, et il y a toujours une explication : "Je ne trouvais pas la veine." »

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La sage-femme Sharon Stolyar rapporte également plusieurs récits recueillis auprès de patientes juives.

Elle évoque notamment le cas d'une femme ayant subi une césarienne dans un hôpital de Sydney et qui serait restée durant des heures sans antidouleurs, allongée dans son sang tandis que son nouveau-né pleurait à ses côtés.

« À l'hôpital, les patients sont extrêmement vulnérables », rappelle-t-elle. « Les médecins, les infirmières et les sages-femmes détiennent un immense pouvoir sur eux. »

À Adélaïde, une patiente hospitalisée en soins intensifs affirme qu'une infirmière aurait nié devant elle la réalité de la Shoah ainsi que celle du massacre du 7 octobre.

L'enquête fait également état de discriminations visant des étudiants et jeunes médecins juifs.

Plusieurs d'entre eux évoquent des mises à l'écart, des moqueries ou des agressions verbales de la part de collègues, de supérieurs ou de patients. Beaucoup disent refuser de déposer plainte par crainte de compromettre leur carrière.

Leah, jeune mère installée à Melbourne, raconte avoir sollicité une aide psychologique après avoir appris que deux de ses cousins avaient été tués lors de l'attaque d'un kibboutz le 7 octobre.

Selon son témoignage, la conseillère l'aurait réprimandée pour avoir parlé de son drame familial sans exprimer d'empathie pour les habitants de Gaza. « Ce n'est pas une compétition de tragédies. Nous souffrons tous, et j'avais simplement besoin d'aide pour surmonter ma douleur », explique-t-elle.

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