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Spécial week-end | Quand les vainqueurs effacent l’histoire : de l’Égypte antique aux régimes modernes
Dans la Rome antique, cette pratique a même reçu un nom : la damnatio memoriae


"L’histoire est écrite par les vainqueurs" : une formule souvent répétée, mais qui traduit une réalité persistante. Au-delà des victoires militaires ou politiques, le véritable enjeu réside aussi dans le contrôle du récit : décider qui est célébré, qui est oublié et quels événements méritent d’être transmis. Ce combat se joue autant dans les livres d’histoire que dans les archives, les musées ou les discours officiels.
L’un des exemples les plus frappants remonte à l’Égypte antique, avec la pharaonne Hatshepsout. Après sa mort, son successeur Thoutmôsis III aurait entrepris d’effacer toute trace de son règne : son nom martelé des monuments, ses représentations détruites, son existence même gommée des listes royales. Pendant des siècles, son souvenir a disparu, jusqu’à ce que des archéologues, au XIXe siècle, reconstituent peu à peu son histoire. D’autres souverains ont subi un sort similaire, comme Akhenaton, dont la réforme religieuse a été effacée après sa mort.
Dans la Rome antique, cette pratique a même reçu un nom : la damnatio memoriae. Elle visait à supprimer toute trace d’un individu jugé indigne. Après la mort de Néron, ses statues furent détruites et son image effacée des monnaies. Le cas de Geta est encore plus radical : assassiné par son frère, l’empereur Caracalla, il fut systématiquement effacé des inscriptions et des portraits officiels, au point de disparaître presque totalement de la mémoire collective.
Ce phénomène ne relève pas uniquement de l’Antiquité. Aujourd’hui encore, les États façonnent leur mémoire nationale. En Russie, le pouvoir de Vladimir Poutine met en avant le récit héroïque de la Seconde Guerre mondiale, en minimisant certains aspects plus controversés. En Chine, sous Xi Jinping, l’accent est mis sur les "humiliations" subies par le pays, tandis que des événements sensibles comme la répression de la place Tiananmen sont largement absents du récit officiel.
D’autres exemples illustrent cette tension entre mémoire et politique. En Turquie, la qualification du massacre des Arméniens comme génocide reste contestée par les autorités, qui privilégient une autre terminologie. En Pologne, les débats autour du rôle de la population pendant la Seconde Guerre mondiale ont conduit à des lois encadrant la manière d’évoquer cette période.
À travers les siècles, une constante demeure : contrôler le passé, c’est aussi influencer le présent. Derrière chaque récit officiel se cache une sélection, parfois une omission. L’histoire n’est jamais totalement neutre : elle est aussi un instrument de pouvoir, façonné par ceux qui détiennent la parole.