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Pologne : des nationalistes manifestent contre le mémorial du massacre de Jedwabne, le qualifiant de "mensonges juifs"
Le massacre de Jedwabne remonte au 10 juillet 1941, quelques semaines après l'invasion de la région par l'Allemagne nazie dans le cadre de l'opération Barbarossa


Une cérémonie commémorative s'est tenue vendredi à Jedwabne, dans le nord-est de la Pologne, à l'occasion du 85ᵉ anniversaire du massacre de centaines de Juifs par leurs voisins polonais en 1941. L'hommage aux victimes s'est déroulé dans un climat de tension, marqué par une manifestation de militants nationalistes contestant la réalité historique des faits.
Le massacre de Jedwabne remonte au 10 juillet 1941, quelques semaines après l'invasion de la région par l'Allemagne nazie dans le cadre de l'opération Barbarossa. Des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants juifs furent rassemblés puis enfermés dans une grange, avant d'être brûlés vifs.
Les investigations de l'Institut polonais de la mémoire nationale (IPN) ont établi qu'au moins 340 personnes avaient été tuées. Les recherches n'ont toutefois jamais été menées jusqu'à leur terme, les autorités ayant renoncé à une exhumation complète en raison des prescriptions de la loi religieuse juive.
La cérémonie a réuni des représentants de la communauté juive de Pologne, des responsables politiques polonais ainsi que plusieurs diplomates étrangers.
Dans un communiqué, le ministère polonais des Affaires étrangères a rappelé que « le massacre de Jedwabne illustre les conséquences tragiques de l'antisémitisme, de la haine, des préjugés ethniques et de la xénophobie », tout en soulignant que les conclusions de l'enquête menée par l'IPN demeuraient une référence essentielle pour comprendre cet épisode de l'histoire polonaise.
Présent lors de la commémoration, l'ambassadeur d'Israël en Pologne, Yaakov Finkelstein, a rappelé que les victimes avaient été « assassinées par leurs voisins polonais » après avoir été humiliées et contraintes d'entrer dans une grange incendiée. Il a toutefois insisté sur le fait que cette commémoration ne visait pas à attribuer une culpabilité collective à l'ensemble de la nation polonaise, mais à préserver la vérité historique et à rendre hommage aux victimes.
L'ambassadeur des États-Unis en Pologne, Tom Rose, a également participé à la cérémonie. Il a salué le courage des milliers de Polonais reconnus comme « Justes parmi les Nations » pour avoir risqué leur vie afin de sauver des Juifs durant l'occupation allemande.
Le Comité juif américain (AJC) a, de son côté, appelé les autorités polonaises à renforcer leur lutte contre l'antisémitisme, estimant que les manifestations négationnistes démontraient la nécessité d'une stratégie nationale face à ce phénomène.
À proximité du mémorial, plusieurs centaines de militants nationalistes se sont rassemblés à l'appel de Grzegorz Braun, figure de l'extrême droite polonaise. Les manifestants ont qualifié le massacre de Jedwabne de « mensonge juif » et remis en cause les conclusions des historiens ainsi que les enquêtes officielles.
Lors de son intervention, Braun a dénoncé ce qu'il a appelé le « mensonge de Jedwabne » et contesté également la réalité d'autres pogroms antisémites survenus en Pologne après la Seconde Guerre mondiale. Il a notamment employé le terme « Żydokomuna » (« judéo-communisme »), une expression antisémite associée à une théorie du complot accusant les Juifs d'être collectivement responsables du communisme.
Ces déclarations ont suscité de vives réactions. Le député américain Jared Moskowitz s'est dit « profondément troublé » de voir le site commémoratif devenir « un lieu de révisionnisme qui déshonore les victimes ».
« Alors que le négationnisme de la Shoah continue de progresser, nous ne pouvons pas laisser la vérité historique être effacée », a-t-il déclaré.