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Israël-Turquie : Ankara redoute une rivalité durable, même sans Netanyahou
Un rapport issu du renseignement turc présente l'État hébreu comme un rival stratégique de long terme, désignant la Syrie comme le principal foyer d'une possible confrontation militaire.


La rivalité entre Israël et la Turquie dépasse désormais les affrontements verbaux entre Benjamin Netanyahou et Recep Tayyip Erdogan. C'est la conclusion du chercheur Mustafa Enes Esen, dans une analyse fondée notamment sur un rapport publié le 23 octobre par l'Académie nationale du renseignement turc, rattachée au MIT. ((Millî İstihbarat Teşkilatı, le service national de renseignement turc, l’équivalent du Mossad israélien ou de la CIA américaine, ndlr)
Intitulé « Anatomie de l'expansionnisme israélien », ce document présente la politique régionale d'Israël comme une orientation structurelle, susceptible de perdurer indépendamment de l'identité du prochain Premier ministre.
Même Eisenkot ne rassurerait pas Ankara
Selon Esen, une éventuelle arrivée au pouvoir de Gadi Eisenkot ne modifierait pas fondamentalement les équilibres stratégiques.
Ancien chef d'état-major et ancien membre du cabinet de guerre, Eisenkot reste associé à la « doctrine Dahiya », qui privilégie le recours à une puissance de feu considérable face aux infrastructures utilisées par des organisations armées.
Malgré leurs différences politiques, Benjamin Netanyahou et Gadi Eisenkot partageraient, selon le chercheur, certaines orientations sécuritaires concernant l'Iran, la Syrie et le Liban.
La Syrie, principal point de rupture
Depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, les ambitions des deux pays s'opposent en Syrie.
Ankara cherche à consolider un pouvoir central fort à Damas. Israël privilégie la préservation de sa liberté d'action militaire face aux menaces potentielles à ses frontières.
Le rapport turc attribue également à Israël une préférence pour des États voisins fragmentés, une interprétation qui relève de l'analyse d'Ankara.
La concurrence s'étend à la Méditerranée orientale, aux alliances énergétiques et aux corridors commerciaux reliant l'Asie à l'Europe.
Pour Esen, la médiation américaine pourrait devenir indispensable afin d'éviter qu'une rivalité géopolitique durable ne dégénère en confrontation militaire.
L'enjeu n'est donc plus seulement de savoir qui gouvernera Israël, mais comment deux puissances régionales aux ambitions divergentes pourront coexister.