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Les documents qui révèlent le rôle de Netanyahou dans le maintien des fonds qataris à Gaza
Les détracteurs du Premier ministre considèrent que cette politique a contribué à maintenir le Hamas au pouvoir


Des lettres officielles et des échanges diplomatiques dévoilés par Time mettent en lumière le rôle joué par Israël dans le mécanisme d’aide financière du Qatar à la bande de Gaza, alors entièrement contrôlée par le Hamas. Selon cette enquête publiée ce dimanche, les gouvernements israéliens ont contribué pendant plusieurs années à organiser les transferts, à superviser la distribution des fonds et à maintenir le dispositif, malgré les critiques publiques adressées à Doha pour ses relations avec le mouvement terroriste.
Parmi les documents révélés figure une lettre de 2020 adressée par Yossi Cohen, alors directeur du Mossad, à l’émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al Thani. Cohen y exprimait sa « gratitude et [sa] reconnaissance pour les efforts d’aide humanitaire » fournis par le Qatar à Gaza au cours des années précédentes. Il estimait que cette assistance avait contribué à améliorer la situation humanitaire et à préserver la stabilité régionale.
Un autre courrier, envoyé la même année par un responsable du Conseil national de sécurité israélien identifié sous le nom de « R. L. Maoz », demandait explicitement la poursuite des versements. « Nous réaffirmons l’importance de continuer à acheminer l’aide financière humanitaire qatarie par le biais du mécanisme existant », écrivait-il. Il précisait que les fonds devaient transiter par l’intermédiaire de l’ambassadeur qatari Mohammed al-Emadi, chargé du comité de reconstruction de Gaza.
Le Qatar a commencé à transférer des fonds vers Gaza après la prise de contrôle de la bande par le Hamas en 2007. D’après Time, le gouvernement de Benjamin Netanyahou a approuvé, en 2012, un mécanisme donnant à Israël un rôle direct dans l’organisation de l’aide, notamment pour les denrées alimentaires, le matériel médical, les aides financières aux familles et les projets d’approvisionnement en électricité.
La coopération s’est ensuite structurée autour d’un dispositif associant Israël, le Qatar et les Nations unies. En octobre 2018, un accord a notamment été conclu pour financer des livraisons de carburant à Gaza.
En août 2021, le Qatar s’est engagé à financer un programme destiné à près de 100 000 foyers palestiniens, avec des versements mensuels de 100 dollars pendant quatre mois. Selon des diplomates cités par le magazine, Israël vérifiait l’identité des bénéficiaires et supervisait la distribution. Les fonds transitaient par le Programme alimentaire mondial et les familles étaient informées par SMS des modalités de retrait.
Une lettre de juillet 2019 indique que le Qatar prévoyait de transférer six millions de dollars à 20 000 bénéficiaires sélectionnés par Israël, soit 300 dollars par personne. Time précise toutefois qu’il est impossible d’établir combien de bénéficiaires étaient affiliés au Hamas ou avaient des proches membres de l’organisation.
Selon un ancien haut responsable de la première administration Trump cité par le magazine, les Qataris supportaient mal de voir Israël critiquer publiquement leur financement de Gaza tout en leur demandant, en privé, de poursuivre les transferts. Le Qatar aurait réclamé dès 2018 une documentation écrite attestant du rôle israélien dans le dispositif.
Une prolongation demandée quelques semaines avant le 7-Octobre
L’enquête revient également sur les dernières semaines précédant l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Selon plusieurs sources citées par Time, des responsables qataris cherchaient alors à modifier le système d’aide afin de réduire la dépendance de la population à l’égard du Hamas et des autorités israéliennes. Le gouvernement Netanyahou aurait, de son côté, souhaité préserver le mécanisme existant.
Environ deux semaines avant l’attaque, le directeur du Mossad, David Barnea, s’est rendu à Doha pour demander une nouvelle prolongation du financement qatari. Cette visite avait déjà été rapportée par le New York Times. Selon Time, le Qatar a accepté, tout en avertissant qu’il s’agirait de la dernière prolongation. Barnea aurait demandé deux mois supplémentaires.
D’après des sources proches des discussions, l’un des arguments avancés par les responsables israéliens était que le maintien de l’aide donnerait au Hamas quelque chose à perdre et constituerait ainsi un moyen de pression sur le mouvement terroriste.
Cette politique s’est poursuivie sous le gouvernement de Naftali Bennett. Celui-ci a mis fin au système des valises de billets en espèces, mais a maintenu l’aide qatarie. Selon un ancien haut responsable de l’administration Biden cité par Time, le Qatar envisageait alors d’arrêter le programme. Un responsable informé d’échanges entre un représentant israélien et un envoyé américain rapporte que la position israélienne était la suivante : « Nous voulons que cela continue comme ça. »
Le Qatar renvoie la responsabilité à Israël
En réponse aux révélations, le Qatar a affirmé que son aide financière avait été acheminée à des civils palestiniens par des mécanismes coordonnés avec les autorités israéliennes et des partenaires internationaux. Un porte-parole du ministère qatari des Communications internationales a estimé que, si des fonds avaient été détournés au profit du Hamas, la responsabilité incombait à Israël, qui supervisait les transferts et avait contribué à mettre en place le système.
Les détracteurs de Benjamin Netanyahou considèrent que cette politique a contribué à maintenir le Hamas au pouvoir et à entretenir la division entre le mouvement islamiste et l’Autorité palestinienne. Le Premier ministre a défendu ces financements au nom de la nécessité de préserver les services civils et d’éviter une crise humanitaire. Dans un entretien accordé à Time en 2024, il avait notamment expliqué que l’aide devait permettre de maintenir en fonctionnement les réseaux d’assainissement, l’approvisionnement en eau et le système éducatif. Son cabinet n’a pas commenté les nouvelles révélations.
Un ancien haut responsable de la défense israélienne, cité par Time, qualifie cette stratégie d’« échec politique » né de bonnes intentions et poursuivi par plusieurs Premiers ministres. Il attribue néanmoins à Netanyahou un rôle central dans sa promotion et sa mise en œuvre.