Akhziv, l'histoire folle d'un "État" fondé sur une plage israélienne
Eli Avivi, le "président" d'Akhziv est mort en 2018 à l’âge de 88 ans, mais le site continue d’exister sous forme de musée, aujourd’hui géré par sa veuve Rina


Un président, un drapeau, un hymne, des passeports et même une Constitution : pendant des décennies, Akhziv a cultivé l’apparence d’un véritable État, sans jamais bénéficier de la moindre reconnaissance officielle. Cette étonnante "micronation", installée sur la côte de Galilée occidentale, est née de la volonté d’un homme, Eli Avivi, de résister à son expulsion.
Né en Iran et arrivé en Israël durant son enfance, Eli Avivi s’était installé dans la région d’Akhziv au début des années 1950, après avoir servi dans le Palmach et le Palyam. Il avait aménagé l’un des bâtiments laissés à l’abandon dans l’ancien village arabe d’Az-Zib, avant d’y créer un musée consacré à l’histoire locale puis une maison d’hôtes. Avec son épouse Rina, il avait progressivement fait du lieu un point de rencontre prisé des artistes, des jeunes, des touristes et de la bohème israélienne.
À la fin des années 1960, les autorités israéliennes ont toutefois commencé à développer le secteur à des fins touristiques et à préparer la création d’un parc national. En 1970, des bulldozers sont arrivés sur place et ont détruit le bâtiment dans lequel Avivi vivait. En réponse, il a proclamé en 1971 la création de "l’État d’Akhziv". Il s’en est autoproclamé président et a doté sa micronation d’un drapeau, d’un hymne, d’une Constitution, de passeports et de tampons d’entrée.
L’initiative lui a valu une arrestation, mais un juge a estimé qu’aucune infraction spécifique ne sanctionnait la "création d’un État sans autorisation". Un accord juridique a ensuite permis à Avivi de conserver des droits d’usage sur les lieux, sans que l’État d’Israël reconnaisse pour autant Akhziv comme une entité souveraine.
L’endroit a rapidement acquis une réputation bien au-delà de la région. En 1972, plusieurs milliers de personnes y ont assisté à un grand concert de rock inspiré de Woodstock. Parmi les visiteurs célèbres figuraient notamment Paul Newman, Sophia Loren et Shimon Peres.
L’histoire d’Akhziv a également connu un épisode sécuritaire exceptionnel. En 1971, six terroristes venus du Liban ont pénétré en Israël par la mer avec l’intention de capturer Eli Avivi. L’un d’eux est parvenu jusqu’à son domicile, où Rina Avivi, armée, l’a maîtrisé. Les autres membres du commando ont ensuite été arrêtés.
Fidèle à son esprit provocateur et bohème, la micronation avait choisi pour hymne le "murmure des vagues" et proclamé la "langue de la nature" comme langue officielle. Eli Avivi est mort en 2018 à l’âge de 88 ans, mais le site continue d’exister sous forme de musée, aujourd’hui géré par sa veuve Rina. Plus de cinquante ans après sa création, "l’État d’Akhziv" reste l’une des curiosités les plus singulières de l’histoire israélienne.