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En Israël, une association veut briser le silence autour du suicide


Fondée après le suicide d’un jeune soldat, Bishvil Hahayim accompagne les familles endeuillées et développe en Israël des programmes de prévention.

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Des membres du personnel et des patients de l’hôpital Ichilov.
Des membres du personnel et des patients de l’hôpital Ichilov.Ichilov Spokesperson’s Office

Pendant près de trente ans, Ofra Hermesh s’est rendue chaque vendredi sur la tombe de son fils Assaf. Le jeune homme avait 19 ans lorsqu’il s’est suicidé avec son arme de service, dans un champ proche du domicile familial à Herzliya. De cette tragédie est née Bishvil Hahayim, une association israélienne qui accompagne aujourd’hui les familles endeuillées et développe des programmes de prévention du suicide.

Le trauma de 1000 jours de guerre
Le trauma de 1000 jours de guerre

Assaf effectuait son service militaire dans le corps blindé. Selon le récit de sa mère, il se trouvait chez lui lorsqu’un exercice de mobilisation a été lancé. Un message lui aurait indiqué que l’armée le recherchait et qu’il risquait une peine de prison s’il ne retournait pas immédiatement dans son unité. Ses parents, alors en vacances, ignoraient sa détresse. À leur retour, un représentant de Tsahal leur a annoncé sa mort.

Parce qu’Assaf était soldat, sa famille a bénéficié d’un accompagnement psychologique de l’armée. Cette expérience a poussé ses parents, Ofra et Haggai Hermesh, psychiatre de profession, à s’interroger sur la situation des familles confrontées au suicide d’un proche civil. Ils ont également découvert la stigmatisation entourant ce type de décès : certains amis ne savaient plus comment leur parler et d’autres évitaient simplement le sujet.

Avec d’autres familles, ils ont progressivement participé à la création de Bishvil Hahayim, officiellement fondée en 2000. L’organisation propose désormais des groupes thérapeutiques, un accompagnement des proches et des programmes destinés à apprendre à reconnaître les signes de détresse. Elle travaille également avec des écoles, des entreprises, des collectivités locales et différentes institutions publiques.


Selon les chiffres cités par l’association, entre 500 et 550 personnes meurent chaque année par suicide en Israël, tandis que plus de 10 000 tentatives seraient recensées. Pour la psychologue clinicienne Maya Iohan-Barak, membre du conseil d’administration de Bishvil Hahayim, la prévention doit notamment commencer dès l’enfance en apprenant aux jeunes à identifier la souffrance psychologique et à demander de l’aide.

Un changement brutal de comportement, un isolement inhabituel ou des propos exprimant une perte d’espoir peuvent constituer des signaux d’alerte. La psychologue insiste également sur un point : demander directement à une personne en détresse si elle envisage de se suicider ne lui donne pas l’idée de passer à l’acte. Une discussion ouverte peut au contraire permettre de l’orienter vers une aide professionnelle.

La question a pris une importance supplémentaire depuis les massacres du 7 octobre 2023 et les années de guerre qui ont suivi. Selon Iohan-Barak, certains survivants du festival Nova ainsi qu’un petit nombre d’habitants des communautés proches de Gaza se sont suicidés après l’attaque, renforçant les interrogations sur les conséquences psychologiques à long terme du traumatisme.


Bishvil Hahayim souhaite désormais étendre davantage son action à des populations qu’elle considère encore insuffisamment couvertes, notamment la communauté ultra-orthodoxe, le secteur arabe et les soldats seuls ayant immigré en Israël sans leur famille.

Plus de trente ans après la mort d’Assaf, sa chambre familiale est devenue le bureau de sa mère. Pour Ofra Hermesh, le combat reste cependant directement lié à son histoire : faire du suicide un sujet dont il est possible de parler ouvertement, afin que le silence n’empêche pas de détecter à temps les personnes en danger.

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