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Altalena : Pierre Lurçat revient sur une blessure fondatrice de l’histoire israélienne


L’avocat et essayiste analyse sur i24NEWS l’affrontement de 1948 entre la Haganah et l’Irgoun et son influence persistante sur la politique israélienne.

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Altalena : Pierre Lurçat revient sur une blessure fondatrice de l’histoire israélienne
Altalena : Pierre Lurçat revient sur une blessure fondatrice de l’histoire israélienne iA

La découverte de l’épave de l’Altalena, 78 ans après son naufrage au large de Tel-Aviv, ravive le souvenir de l’un des épisodes les plus douloureux et controversés de la naissance de l’État d’Israël.

Invité sur i24NEWS, l’avocat et essayiste Pierre Lurçat est revenu sur l’affrontement qui avait opposé, en juin 1948, les forces placées sous l’autorité de David Ben Gourion aux combattants de l’Irgoun dirigés par Menahem Begin.

« Les balles ont été tirées pratiquement d’un seul côté », a-t-il affirmé. Selon certaines interprétations historiques citées par l’essayiste, David Ben Gourion aurait alors voulu écarter son principal rival politique, présent à bord du navire.

Menahem Begin avait, de son côté, ordonné à ses hommes de cesser le feu et de ne pas riposter afin d’éviter une guerre civile. Plusieurs combattants l’auraient protégé de leur corps pendant l’attaque.


« La différence entre les attitudes des deux dirigeants reste, quelque part, valable jusqu’à aujourd’hui », estime Pierre Lurçat.

L’Altalena avait été affrété par l’Irgoun et chargé en France avec des armes destinées aux combattants juifs engagés dans la guerre d’Indépendance. Pierre Lurçat rappelle que l’organisation avait déjà accepté de cesser d’exister comme force militaire distincte, à l’exception d’une unité encore active à Jérusalem.

Un accord aurait initialement prévu la répartition des armes entre la Haganah et l’Irgoun. Selon l’interprétation défendue par l’essayiste, David Ben Gourion aurait rompu cet accord au dernier moment.


Les affrontements avaient coûté la vie à 16 membres de l’Irgoun et à trois soldats de Tsahal. David Ben Gourion avait par la suite évoqué le « canon sacré » utilisé contre le navire, une expression qui demeure au cœur des controverses entourant l’événement.

Pour Pierre Lurçat, cette formule traduit une « sanctification de la violence fratricide », tandis que la droite israélienne aurait fait de l’attitude de Menahem Begin et de son refus de la guerre civile l’un de ses principes fondateurs.

L’essayiste estime que l’histoire de l’Altalena et le rôle joué par les mouvements clandestins dans la création d’Israël ont longtemps été racontés à travers le prisme du camp travailliste.

« Jusqu’en 1977, il existait une version officielle de l’historiographie sioniste, écrite par Ben Gourion lui-même et par ses partisans », explique-t-il.


Il aurait fallu attendre le mahapakh, le bouleversement politique ayant conduit Menahem Begin au pouvoir en 1977, pour voir apparaître d’autres récits sur l’Irgoun, le Lehi et leur contribution à la fondation de l’État.

L’Altalena reste ainsi soumis à des interprétations concurrentes. Il constitue, selon Pierre Lurçat, « l’un des épisodes les plus controversés, les plus significatifs et les plus douloureux » de l’histoire israélienne.

La mémoire du navire trouve aujourd’hui un nouvel écho dans les appels de Benjamin Netanyahou à former un large gouvernement d’union nationale.

Pierre Lurçat établit un parallèle entre le refus de la guerre civile exprimé par Menahem Begin en 1948 et la ligne politique revendiquée par l’actuel Premier ministre.

« Parmi les principes fondateurs de la droite israélienne figure l’idée que la fin ne justifie jamais les moyens et que la guerre fratricide doit être évitée à tout prix », affirme-t-il.

L’essayiste cite notamment le recul du gouvernement sur certains aspects de la réforme judiciaire avant le 7 octobre, face au risque de paralysie du pays, comme une illustration de cette conception.

La découverte de l’Altalena ne représente donc pas seulement un événement archéologique ou historique. Elle remet au centre du débat israélien la question de l’unité nationale et le principe formulé par Menahem Begin au moment de l’affrontement : « Jamais de guerre civile. »

Altalena : l'épave enfin retrouvée - Coulé en 1948, le navire est localisé à 503 mètres de profondeur
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