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Iran : un régime fragilisé mais encore debout (analyse)
David Rigoulet-Roze met en garde contre une transition incertaine dont les conséquences pourraient être déterminantes pour l’équilibre régional des trente prochaines années.


Le régime iranien est clairement fragilisé, mais n’a pas encore basculé, estime le chercheur et analyste géopolitique David Rigoulet-Roze, interrogé sur l’ampleur et la portée des manifestations en cours en Iran. Après deux semaines de mobilisation et de répression, la situation reste, selon lui, profondément incertaine.
Si la contestation n’est pas nouvelle en Iran, David Rigoulet-Roze insiste sur son caractère inédit. « On n’est pas face à une énième vague de contestation », souligne-t-il, évoquant une cristallisation des mécontentements à l’échelle nationale, à la fois géographique, intergénérationnelle et transclasse sociale. Cette dynamique, combinée aux effets de la récente « guerre des douze jours », qui a affaibli le pays sur le plan militaire et endommagé certaines infrastructures, fait que le régime se sent aujourd’hui menacé dans sa survie.
Cette perception explique, selon l’expert, la férocité de la répression. La nuit écoulée a été particulièrement violente : coupures d’Internet, des lignes téléphoniques et même de l’électricité, tandis que des ONG évoquent au moins 200 morts, et des médias d’opposition jusqu’à 2 000 victimes. Pour autant, cette violence ne signifie pas nécessairement l’effondrement imminent du pouvoir.
Le cœur de l’équation réside désormais dans le rôle des Gardiens de la révolution, qui ont, selon Rigoulet-Roze, « beaucoup à perdre en cas d’effondrement du régime ». Ils auraient compris que le système actuel est condamné dans sa forme, sans pour autant accepter un horizon démocratique. L’expert met en garde contre un scénario où ces forces chercheraient à préserver leurs intérêts en confisquant la transition, quitte à marginaliser le clergé honni par une large partie de la population et à capter le nationalisme iranien à leur profit.
Quant à l’opposition incarnée médiatiquement par Reza Pahlavi, elle reste divisée et loin de faire consensus. Enfin, David Rigoulet-Roze rappelle que l’Iran demeure une pièce géopolitique centrale du Moyen-Orient : toute évolution majeure y aurait des conséquences sismiques régionales, et ce qui se joue aujourd’hui pèsera sur les trente prochaines années.