Marjane Satrapi, la voix libre de l’Iran, s’est éteinte à 56 ans
L’autrice de « Persepolis », figure majeure de la bande dessinée contemporaine et militante infatigable pour la liberté en Iran, est décédée à l’âge de 56 ans.


Le monde de la culture est en deuil. L’artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, mondialement connue pour son œuvre Persepolis, est morte à l’âge de 56 ans, a annoncé son entourage ce jeudi à l’AFP.
Installée en France depuis plus de trois décennies, l’écrivaine, dessinatrice, réalisatrice et illustratrice laisse derrière elle une œuvre profondément marquée par les thèmes de l’exil, de la liberté et de l’identité. Selon ses proches, elle serait décédée « de tristesse » un peu plus d’un an après la disparition de son époux, Mattias Ripa, producteur et scénariste, décédé en avril 2025.
Née le 22 novembre 1969 à Rasht, dans le nord de l’Iran, Marjane Satrapi avait quitté son pays à l’adolescence avant de s’installer définitivement en France. Son parcours personnel deviendra la matière première de l’œuvre qui allait la faire entrer dans l’histoire de la bande dessinée.
Au début des années 2000, Persepolis bouleverse le monde de l’édition. À travers un récit autobiographique en noir et blanc, Marjane Satrapi raconte son enfance pendant la révolution islamique de 1979, son départ d’Iran et son apprentissage de la vie en Europe.
Traduit dans des dizaines de langues, l’ouvrage devient une référence mondiale du roman graphique et permet à des millions de lecteurs de découvrir, à travers un regard intime et souvent teinté d’humour, les conséquences humaines des bouleversements politiques en Iran.
En 2007, elle adapte elle-même son œuvre au cinéma avec Vincent Paronnaud. Présenté au Festival de Cannes, le film reçoit le Prix du Jury avant d’être nommé aux Oscars dans la catégorie du meilleur film d’animation. Une consécration internationale qui fait de Marjane Satrapi l’une des artistes francophones les plus influentes de sa génération.
Après le succès de Persepolis, Marjane Satrapi poursuit une carrière riche et éclectique. Elle publie plusieurs ouvrages salués par la critique, dont Broderies et Poulet aux prunes, récompensé au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême.
Au cinéma, elle réalise plusieurs longs-métrages remarqués, parmi lesquels Poulet aux prunes, The Voices avec Ryan Reynolds, Radioactive, consacré à Marie Curie, ou encore Paradis Paris, sorti en 2024.
Son univers artistique, mêlant humour noir, poésie et engagement politique, lui a permis de toucher un public bien au-delà des frontières françaises et iraniennes.
Au-delà de son œuvre, Marjane Satrapi était devenue l’une des voix les plus écoutées de la diaspora iranienne.
Critique du régime de Téhéran, elle n’a cessé de dénoncer les atteintes aux libertés fondamentales en Iran. En 2023, elle avait coordonné l’ouvrage collectif Femme, Vie, Liberté, consacré au mouvement de contestation né après la mort de Mahsa Amini, devenue le symbole de la lutte des femmes iraniennes.
Pour beaucoup, Marjane Satrapi incarnait une forme de résistance par l’art, convaincue que la culture pouvait être un outil de transmission, de mémoire et de combat contre l’oppression.
Aucune information n’a pour l’instant été communiquée concernant la date et le lieu de ses obsèques.
Avec la disparition de Marjane Satrapi, la France et l’Iran perdent une artiste singulière, dont l’œuvre a permis de raconter l’histoire d’un peuple, mais aussi celle d’une femme qui avait choisi de faire de son expérience personnelle un message universel de liberté.