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La CEDH refuse le retrait d’un bas-relief antisémite d’une cathédrale allemande
La Cour européenne des droits de l’homme a estimé irrecevable la plainte déposée par un retraité juif allemand qui dénonçait une atteinte à ses droits fondamentaux


La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a rejeté une requête visant à faire retirer un bas-relief antisémite médiéval apposé sur la façade de la cathédrale de Wittenberg, en Allemagne. Selon l’hebdomadaire Der Spiegel, la juridiction européenne a estimé irrecevable la plainte déposée par un retraité juif allemand qui dénonçait une atteinte à ses droits fondamentaux.
Le relief, connu sous le nom de Judensau (« Truie des Juifs »), date d’environ 1290. Il représente des figures identifiées comme juives, reconnaissables à leurs chapeaux pointus, en interaction obscène avec une truie, animal considéré comme impur dans le judaïsme. Une scène montre notamment un personnage assimilé à un rabbin soulevant la queue de l’animal. Ces sculptures, dont une quarantaine subsistent encore dans des régions germanophones, illustrent l’antijudaïsme chrétien du Moyen Âge.
Le plaignant, Dietrich Düllmann, estimait que la présence continue de cette œuvre constituait une insulte permanente et une violation des droits de "tout Juif en Allemagne". Ses avocats soutenaient que ces représentations dégradantes assimilaient les Juifs à une souillure et demandaient le retrait pur et simple du bas-relief.
Déjà saisie de l’affaire, la justice allemande avait jugé en 2022 que, bien que l’œuvre constitue une "antisémitisme gravé dans la pierre", son maintien pouvait être justifié dans un cadre mémoriel. Les tribunaux avaient relevé que l’Église protestante locale avait pris ses distances avec le relief et l’avait intégré dans un dispositif explicatif visant à contextualiser son caractère offensant. Le site a ainsi été requalifié en "Mahnmal", terme allemand désignant un monument d’avertissement rappelant un passé à ne pas répéter.
En confirmant cette approche, la CEDH considère implicitement que le maintien de l’œuvre, accompagné d’une contextualisation critique, ne constitue pas une violation des droits invoqués. La décision relance toutefois le débat en Allemagne sur la manière de traiter les symboles hérités d’un passé marqué par l’antijudaïsme.