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Pologne : un documentaire sur des Juifs tués par leurs voisins après la Shoah pourrait être interdit
Le film fait l’objet d’une enquête des autorités audiovisuelles à la suite de plaintes émanant de milieux nationalistes


Un documentaire retraçant l’assassinat de cinq Juifs dans une petite ville polonaise après la Seconde Guerre mondiale se retrouve au cœur d’une tempête politique en Pologne. Intitulé Among Neighbors (Parmi les voisins) et réalisé par le cinéaste américain Yoav Potash, le film fait l’objet d’une enquête des autorités audiovisuelles à la suite de plaintes émanant de milieux nationalistes.
L’œuvre revient sur un drame survenu en 1945 à Gniewoszów, où environ 1 500 Juifs vivaient avant-guerre. Quelques survivants revenus après la fin de l’occupation nazie y auraient été tués par des habitants polonais, six mois après la libération. Ce récit, qui ne porte pas sur des crimes commis par les nazis mais par des voisins polonais, a déclenché l’indignation de responsables conservateurs.
Présenté pour la première fois au Festival du film juif de Varsovie en novembre 2024, le documentaire a depuis été diffusé dans plusieurs pays et a même été éligible aux Oscars. Mais sa diffusion en novembre 2025 sur la télévision publique TVP a provoqué un tollé. Des proches du président Karol Nawrocki, historien nationaliste, ont dénoncé une “manipulation anti-polonaise”. Une ministre de la présidence a estimé qu’une chaîne portant le nom de “polonaise” ne devrait pas diffuser un tel programme.
À la suite d’une plainte déposée par l’institut conservateur Ordo Iuris auprès du Conseil national de l’audiovisuel, une enquête officielle a été ouverte. Le think tank accuse le film de porter atteinte à la vérité historique et de présenter les Polonais comme co-responsables du génocide nazi.
Depuis 2018, une loi controversée encadre en Pologne les accusations de complicité polonaise dans les crimes nazis. Si les sanctions pénales ont été allégées, le texte demeure un outil sensible dans les débats mémoriels.
Yoav Potash affirme ne pas être surpris par les réactions. Selon lui, une partie du discours national repose sur l’idée que les Polonais furent exclusivement des victimes ou des héros durant la guerre, et toute évocation de responsabilités locales est perçue comme inacceptable.
La télévision publique a maintenu la diffusion du film, soutenue notamment par l’Institut historique juif et le musée POLIN à Varsovie. Dans un communiqué, TVP a défendu la nécessité d’aborder les pages difficiles de l’histoire pour favoriser un débat éclairé.
Au-delà du cas de Gniewoszów, le film évoque aussi d’autres violences antijuives d’après-guerre, notamment le pogrom de Kielce en 1946, qui avait précipité le départ massif de survivants juifs de Pologne. Une mémoire toujours sensible, près de 80 ans après les faits.