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Le Hamas a dissous son gouvernement, mais conserve les leviers du pouvoir à Gaza
L'organisation terroriste conserve notamment ses armes, ses réseaux de renseignement ainsi que sa capacité à interroger et arrêter des personnes


Un mois après avoir annoncé son retrait de la gestion civile de la bande de Gaza, le Hamas est loin d'avoir abandonné son emprise sur le territoire. Si l'organisation terroriste ne dispose plus officiellement d'un gouvernement chargé d'administrer la population, elle conserve, selon une analyse d'i24NEWS, de nombreux leviers lui permettant d'exercer son autorité en coulisses.
Le système qui se dessine est désormais beaucoup plus fragmenté. Municipalités, clans, commerçants, intermédiaires, réseaux de distribution alimentaire et groupes armés se partagent différentes fonctions. Mais dans ce paysage éclaté, le Hamas reste l'acteur disposant de la plus importante capacité de coercition. L'organisation terroriste conserve notamment ses armes, ses réseaux de renseignement ainsi que sa capacité à interroger et arrêter des personnes. Des informations provenant de Gaza font également état de structures d'interrogatoire opérant dans des complexes médicaux, des affirmations qui restent toutefois à vérifier.
Parallèlement, les municipalités tentent de rétablir certains services essentiels. À Gaza-ville, des travaux sont menés sur les réseaux d'égouts, tandis qu'à Al-Maghazi les autorités locales déblayent les gravats et rouvrent des routes. À Khan Younès, la municipalité tente de remettre la ville en état, et à Jabaliya, des générateurs sont utilisés pour réhabiliter les puits d'eau. Ces administrations assurent ainsi des services à la population sans pour autant constituer un pouvoir souverain indépendant du rapport de force imposé par le Hamas.
L'aide humanitaire est elle aussi devenue un instrument de pouvoir. Selon des sources dans la bande de Gaza, une partie des circuits de distribution alimentaire est contrôlée par des groupes locaux et des gangs. Dans un contexte de pénurie, contrôler un camion d'aide, un point de distribution ou l'accès à des marchandises permet d'exercer une influence considérable sur la population. Le même phénomène touche l'économie, où le manque de liquidités, les trafics, les intermédiaires et le contrôle des ressources alimentent une économie parallèle devenue un autre levier d'autorité.
Les clans palestiniens ont également pris davantage d'importance avec l'affaiblissement du pouvoir central. Ils interviennent dans le règlement des conflits, la protection des familles ou encore la distribution de l'aide, sans toutefois constituer nécessairement une alternative au Hamas. Dans le même temps, l'absence d'une autorité centrale forte s'accompagne, selon des responsables liés aux clans, d'une hausse des meurtres, des vols, des pillages et du trafic de drogue. Une situation qui pourrait paradoxalement renforcer le Hamas en lui permettant de se présenter comme une force capable de rétablir l'ordre.
Au-delà de Gaza, l'organisation prépare déjà la bataille politique de l'après-guerre. Le Hamas entend participer aux prochaines élections palestiniennes et encourage la population à s'inscrire sur les listes électorales. Son objectif serait ainsi de conserver son poids militaire et social dans la bande de Gaza tout en transformant cette influence en légitimité politique à l'échelle palestinienne.
Le Hamas apparaît ainsi sous trois formes distinctes : un gouvernement civil considérablement affaibli dont il a officiellement abandonné la responsabilité directe, une organisation militaire et sécuritaire qui conserve une importante capacité d'action, et un mouvement politique déterminé à rester un acteur central du système palestinien. Autrement dit, le Hamas a peut-être renoncé au gouvernement de Gaza, mais pas au pouvoir.