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Vol FlyDubai : les suspicions qui pèsent sur le personnel de bord
L'un des passagers ayant permis de déjouer l'attaque terroriste appelle à enquêter de manière approfondie sur tous les membres d'équipage


Il dit avoir cru voir mourir ses filles. Onze jours après l’attaque terroriste survenue à bord d’un vol Flydubai à destination d’Israël, Asaf Rajuan, passager qui a participé à la maîtrise du copilote, demande l’ouverture d’une enquête visant deux membres du personnel de cabine. Il souhaite aussi que les deux pilotes de renfort, qui ont fini par poser l’appareil en Arabie saoudite, soient interrogés.
Dans un entretien au Jerusalem Post ce dimanche, il affirme soupçonner ces employés d’avoir aidé le terroriste. Il évoque des altercations avec des passagers, des tentatives pour les empêcher de filmer et des échanges susepcts entre les deux hommes qui lui ont fait craindre que le danger ne soit pas écarté, même une fois le copilote neutralisé.
Le 30 septembre, le vol FZ1073 reliant Dubaï à Tel-Aviv a été dérouté vers Tabuk, en Arabie saoudite, après que le copilote a attaqué le commandant de bord avec une hache d’urgence. Asaf Rajuan rentrait de Phuket, en Thaïlande, avec sa femme et leurs deux filles de 12 et 14 ans. Assis au rang 7, il a vu une femme remonter l’allée en hurlant que quelqu’un avait un couteau, puis a vu sa famille projetée en l’air alors que l'appareil piquait du nez. « Je pensais que mes filles allaient mourir sous mes yeux », résume-t-il.
Il s’est alors précipité vers l’avant de l’appareil. La résistance du commandant avait déjà affaibli l’assaillant ce qui a facilité l’intervention des passagers, explique-t-il. Légèrement blessé à la tête, il était couvert de sang, dont une grande partie n’était pas le sien.
Sa mise en cause la plus précise du personnel de bord date d’un entretien diffusé vendredi sur la chaîne israélienne N12. Selon lui, un membre du personnel a tenter de détacher le terroriste alors que ses mains étaient liées. Mais d’autres passagers ont vu ce qu'il était en train de faire et ont immédiatement réagi. Il raconte aussi qu’un employé s’est approché du commandant blessé, qui était soigné, pour lui proposer un comprimé. Là encore, des passagers sont intervenus, ne comprenant pas pourquoi on voulait lui en donner un dans son état.
Asaf Rajuan décrit par ailleurs une altercation physique avec plusieurs membres de l’équipage, qui lui ont notamment arraché des vêtements. L’un d’eux lui a demandé s’il était policier. Il se souvient de leur détermination à empêcher qu'on les filme, et sa crainte de les voir brandir une autre arme.
Pour ajouter aux suspicions, Yaniv Hayoun, le passager qui a éjecté le terroriste du cockpit et pris les commandes de l'avion afin qu'il se redresse, relate de son côté qu'au moment où il s'est précipité vers la cabine de pilotage, un membre du personnel de bord tenait la poignée, comme s'il cherchait à empêcher que la porte ne se rouvre.
La confusion régnait aussi sur la destination. Les passagers consultaient les coordonnées GPS et obtenaient des réponses contradictoires : Irak, Jordanie, Arabie saoudite. Asaf Rajuan se demandait s’ils étaient toujours victimes d’un détournement. « A ce moment-là, j'étais paranoïaque », dit-il, admettant avoir fini par se méfier de tout le monde.
Il ne prétend pas détenir de preuves. « Je n’ai aucune preuve », a-t-il répondu lorsqu’on lui a demandé si le personnel avait collaboré avec le terroriste. Il souhaite cependant que les enquêteurs examinent les incidents précis dont lui et d’autres passagers se souviennent, notamment les échanges entre membres de l’équipage et ceux qui surveillaient l’agresseur.
Il veut aussi savoir ce que sont devenus les deux autres pilotes. Ses recherches sur leurs comptes publics n’ont rien donné. Il se rappelle avoir vu pour la dernière fois celui qui a sauvé l’appareil lorsqu’il a quitté l’avion.
Quatre pilotes se trouvaient à bord : le commandant attaqué, son copilote terroriste, ainsi qu’un commandant et un copilote supplémentaires, voyageant en cabine pour assurer le vol retour depuis Israël. Selon une source proche du dossier, d’éventuels déroutements régionaux auraient pu allonger le trajet et conduire l’équipage à dépasser ses heures de service autorisées. Ce renfort avait donc été prévu par précaution, sans menace identifiée.
Un autre passager, Tal, homme d’affaires israélien, interrogé le 1er octobre dans un hôtel de Tel-Aviv, a décrit un moment où le cockpit était vide. « J’ai dû les secouer pour qu’ils aillent à l’avant et prennent le contrôle de l’appareil », a-t-il raconté. L’un des pilotes a fini par prendre les commandes, l’autre a mis plus de temps à se remettre du choc, selon lui.
Asaf Rajuan voudrait que les pilotes qui ont repris les commandes livrent eux-mêmes leur récit, notamment sur le comportement de l’équipage. Il souhaite aussi qu’Israël soit associé à l’enquête. « J’espère qu’Israël mènera l’enquête comme il se doit, car cette affaire exige des réponses », a-t-il déclaré.