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Israël accueille un nombre record de travailleurs étrangers mais peine à les loger


Quelque 250 000 travailleurs étrangers vivent actuellement en Israël. Leur nombre pourrait atteindre 330 000, alors que les solutions d’hébergement restent largement insuffisantes.

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Foreign workers work in agriculture near the Israeli border with the Gaza Strip, southern Israel, during Iron Swords war, December 25, 2023
Foreign workers work in agriculture near the Israeli border with the Gaza Strip, southern Israel, during Iron Swords war, December 25, 2023Moshe Shai/Flash90

Depuis le 7 octobre 2023, Israël remplace rapidement une partie de la main-d’œuvre palestinienne par des travailleurs venus de l’étranger. Selon une enquête publiée par le Jerusalem Post, fondée notamment sur les chiffres de l’Autorité de la population et de l’immigration, leur nombre atteint désormais le niveau record de 250 000, permis de séjour valides et situations irrégulières confondus.

Les autorités prévoient d’accueillir jusqu’à 330 000 travailleurs étrangers afin de répondre aux pénuries de personnel dans plusieurs secteurs. Cette politique soulève toutefois une difficulté majeure : leur trouver des logements adaptés alors qu’Israël traverse déjà une grave crise immobilière.

Avant la guerre, environ 150 000 Palestiniens entraient régulièrement en Israël pour travailler, dont 92 000 légalement. Une grande partie était employée dans le bâtiment. Depuis la fermeture des points de passage avec la Judée-Samarie, seuls 20 000 d’entre eux continueraient à travailler en Israël, principalement dans des entreprises essentielles et des localités situées au-delà de la Ligne verte.

Pour combler le manque, le gouvernement a accéléré le recrutement de travailleurs étrangers, d’abord dans le cadre d’accords bilatéraux, puis par l’intermédiaire de sociétés privées autorisées. En mai 2024, il a fixé pour la première fois un plafond correspondant à 3,3 % de la population israélienne, soit un peu plus de 330 000 personnes.


Le ministre de l’Économie et de l’Industrie, Nir Barkat, prévoit également de faire venir 50 000 travailleurs supplémentaires pour les secteurs du commerce et des services.

Contrairement aux travailleurs palestiniens qui rentraient généralement chez eux après leur journée, les employés étrangers séjournent en Israël pendant plusieurs années. Leur présence nécessite donc des logements, une assurance maladie et différents services sociaux.

La législation oblige chaque employeur à fournir un hébergement convenable pendant toute la durée du contrat, ainsi que durant les sept jours suivant sa fin. Chaque travailleur doit notamment disposer d’au moins quatre mètres carrés pour dormir, d’un lit, d’un espace de rangement, d’une ventilation, d’un accès à l’eau et à l’électricité ainsi que de sanitaires fonctionnels.


D’après les témoignages recueillis par le Jerusalem Post, ces règles ne sont cependant pas toujours respectées. Les inspecteurs de l’Autorité de la population et de l’immigration disent avoir découvert des travailleurs installés dans des chambres froides, sur des décharges, dans des chantiers sans autorisation ou dans des logements privés d’électricité et de gaz.

Un travailleur indien a témoigné de l’écart entre les conditions promises et la réalité. Il affirme vivre avec trois autres personnes dans une pièce étroite et peu ventilée, à proximité d’une zone où des camions déversent de la terre. La poussière pénétrerait dans l’espace utilisé pour cuisiner, dépourvu de robinet, tandis que la salle de bains n’aurait pas de porte.

Un autre employé affirme partager un appartement équipé de seulement deux salles de bains avec 12 à 15 personnes. Il dénonce également des déménagements imposés presque chaque semaine en fonction des changements de lieu de travail.

L’Autorité de la population reconnaît que la majorité des employeurs respectent leurs obligations, mais estime manquer de personnel pour contrôler un nombre de travailleurs en forte augmentation.


Ses effectifs chargés de l’administration et de l’application de la réglementation restent limités à environ 160 ou 170 postes, malgré une décision gouvernementale prévoyant leur renforcement.

Certaines entreprises privées louent désormais des immeubles entiers, des auberges ou d’anciennes maisons de retraite afin de les transformer en résidences collectives. À Petah Tikva, un ancien établissement pour personnes âgées accueille ainsi près de 200 travailleurs étrangers.

Ces sociétés cherchent également à loger les employés près de leur lieu de travail. Cette proximité est jugée particulièrement importante dans la restauration et le commerce, où les horaires tardifs et le travail pendant le Shabbat rendent les déplacements difficiles en l’absence de transports publics.

Face à l’ampleur des besoins, plusieurs solutions ont été envisagées par l’État. L’Autorité foncière israélienne prévoit notamment d’identifier des terrains susceptibles d’accueillir des logements temporaires, tandis que l’administration de la planification travaille sur un dispositif spécifique.

Un projet de complexes résidentiels géants pouvant héberger plusieurs milliers de travailleurs a également été présenté à la Knesset. Un programme pilote prévoyait notamment la construction d’un site destiné à 5 000 personnes dans la zone industrielle de Ne’ot Hovav.

Aucune avancée significative n’a toutefois été enregistrée depuis le dernier débat parlementaire, en avril 2026. À l’approche des élections, l’examen de cette législation pourrait être reporté à la prochaine Knesset.

Les professionnels du secteur avertissent que même en cas d’adoption rapide d’une loi, plusieurs années seraient nécessaires avant la construction des premiers complexes. D’ici là, Israël pourrait accueillir des dizaines de milliers de travailleurs supplémentaires sans disposer d’une solution nationale permettant de les loger correctement.

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