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Alexandre Rifaï : "L'Occident ne comprend pas l'islamisme reconditionné"
L'auteur franco-syrien estime que l'Occident se méprend sur la nature du nouveau pouvoir syrien, dont il juge que le discours a changé, mais pas les fondements idéologiques.


L'attentat survenu à proximité de l'hôtel où séjournait Emmanuel Macron à Damas relance les interrogations sur la stabilité de la Syrie et sur la stratégie occidentale vis-à-vis de son nouveau pouvoir. Invité des Décrypteurs sur i24NEWS, l'auteur franco-syrien Alexandre Rifaï a livré une analyse de la politique menée par Paris et, plus largement, par les capitales occidentales.
Pour lui, les explosions entendues dans la capitale syrienne ne constituent pas nécessairement un message adressé à la France. Elles témoignent avant tout, selon lui, de l'incapacité des nouvelles autorités à contrôler pleinement la situation sécuritaire. Les scènes observées à Damas lui rappellent les années les plus sombres de l'Irak, lorsque les attentats revendiqués par Al-Qaïda rythmaient le quotidien. Il souligne d'ailleurs qu'Ahmed al-Charaa (Abou Mohammed al-Jolani) fut l'un des cadres d'Al-Qaïda en Irak avant de prendre la tête de sa branche syrienne.
Alexandre Rifaï rappelle également que Daech et Al-Qaïda demeurent des « frères ennemis », engagés dans une lutte de pouvoir, mais partageant selon lui la même matrice idéologique et la même hostilité envers l'Occident. Cette réalité, estime-t-il, est largement sous-estimée par les décideurs européens.
L'auteur s'interroge aussi sur le choix d'Emmanuel Macron de se rendre à Damas à ce moment précis. Selon lui, cette visite traduit la volonté de la France de retrouver une influence diplomatique au Moyen-Orient en misant sur les nouvelles autorités syriennes. Washington poursuit également un dialogue avec Damas, mais, selon Alexandre Rifaï, les États-Unis se montrent davantage dans une logique d'attente que dans la précipitation.
Au cœur de son intervention figure le concept qu'il développe dans son ouvrage L'islamisme reconditionné. Il estime qu'Ahmed al-Charaa a su adapter son discours et son image pour apparaître comme un interlocuteur fréquentable auprès des dirigeants occidentaux, sans pour autant rompre avec les fondements idéologiques de son parcours. À ses yeux, l'Occident confond pragmatisme politique et transformation idéologique, ce qui constitue une erreur d'analyse majeure.
Enfin, Alexandre Rifaï voit dans la visite d'Emmanuel Macron à la mosquée des Omeyyades un symbole lourd de sens. Selon lui, ce geste dépasse le simple protocole diplomatique et s'inscrit dans un contexte politique et historique que les dirigeants occidentaux auraient, selon son analyse, insuffisamment pris en compte. Il y voit l'illustration d'une méconnaissance des références idéologiques portées par le nouveau pouvoir syrien.
Pour Alexandre Rifaï, le risque est clair : en cherchant à stabiliser la Syrie à tout prix, les démocraties occidentales pourraient accorder leur confiance à un pouvoir dont elles n'auraient pas pleinement mesuré la nature idéologique. C'est précisément ce qu'il désigne comme « l'islamisme reconditionné », un phénomène qu'il juge encore largement incompris en Occident.