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Iran, angle mort médiatique : Dominique Reynié, politologue, dénonce le malaise de l’intelligentsia française
Dominique Reynié décrypte le silence et les biais d’une partie des médias français face à la révolte iranienne, qu’il attribue à des blocages idéologiques et à la gêne vis-à-vis de l’islamisme.


Invité dimanche soir de l’émission Regards Croisés, Dominique Reynié a livré une analyse de la faible visibilité accordée, en France, à la contestation iranienne pourtant d’une ampleur historique. Selon le politologue, ce silence relatif n’a rien d’anodin : il révèle un profond malaise idéologique au sein d’une partie des médias et de la gauche française.
Dominique Reynié souligne d’abord un paradoxe frappant. Tous les ingrédients habituellement mobilisateurs pour l’opinion publique française sont réunis en Iran : féminisme, jeunesse en révolte, lutte contre l’obscurantisme religieux, opposition à un despotisme brutal. Pourtant, ces soulèvements ne bénéficient ni de l’écho ni du traitement qu’ils auraient eus il y a encore vingt ans. La raison principale, selon lui, tient à un problème de « narratif ».
La contestation iranienne ne s’inscrit pas dans le cadre idéologique dominant d’une gauche française qui peine à qualifier l’islamisme comme une forme de despotisme comparable aux autres. Ce biais conduit à une lecture réductrice de la crise, souvent ramenée à des enjeux sociaux ou économiques, comme la vie chère, au détriment de sa dimension politique et religieuse.
Dominique Reynié évoque également une gêne palpable dans les médias, particulièrement publics, où s’installe une forme de retenue éditoriale. Le résultat est un traitement fragmentaire, marginalisé, qui relègue la situation iranienne au second plan de l’actualité internationale.
Mais l’analyse va plus loin. Soutenir ouvertement les manifestants iraniens reviendrait, pour une partie de l’intelligentsia française, à s’opposer à un régime qui se définit avant tout par son hostilité radicale à Israël. Or, affirme Dominique Reynié, cette hostilité place le régime iranien dans le camp des « ennemis d’Israël », catégorie que certains courants idéologiques refusent désormais de critiquer frontalement. Ce réflexe révèle, selon lui, un arrière-fond anti-israélien persistant, déjà visible après le 7 octobre.
Enfin, le politologue pointe une évolution stratégique de la gauche française, en quête d’un électorat de substitution. Craignant de froisser cet électorat, elle éviterait toute critique explicite d’un régime islamiste, confondant dénonciation d’un pouvoir despotique et attaque contre l’islam lui-même. Une posture qu’il juge à la fois politiquement dangereuse et intellectuellement méprisante.
Pour Dominique Reynié, cette séquence marque une rupture profonde : l’abandon progressif par une partie de la gauche de combats historiques, au premier rang desquels la lutte contre l’antisémitisme et tous les totalitarismes.