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Julien Mathonnière: "Israël relativement protégé des pénuries, mais pas de la flambée mondiale des prix"
Pour l’économiste des marchés pétroliers Julien Matthonière, Israël pourrait éviter une rupture majeure d’approvisionnement énergétique grâce à ses circuits alternatifs, notamment via l’Azerbaïdjan.


La crise autour du détroit d’Ormuz n’est plus seulement une crise énergétique. Pour Julien Mathonnière, elle pourrait rapidement devenir une crise alimentaire mondiale d’une ampleur inédite.
Invité à analyser les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient, l’économiste estime que les marchés mondiaux sous-estiment encore la gravité des perturbations en cours.
« Aujourd’hui, la perturbation du détroit d’Ormuz n’est plus simplement une crise énergétique », explique-t-il. « C’est devenu une crise de sécurité alimentaire qui se présente sous les traits d’une crise énergétique. »
Selon Julien Mathonnière, le véritable danger ne réside plus uniquement dans le pétrole, mais dans la pétrochimie et surtout les engrais, essentiels à l’agriculture mondiale.
Contrairement aux précédents chocs pétroliers, les États disposent de peu de mécanismes capables d’absorber durablement une rupture massive de l’approvisionnement en fertilisants.
L’économiste évoque notamment le cas du Brésil, premier importateur mondial d’engrais, fortement dépendant du Moyen-Orient. Les importations de certains fertilisants y auraient déjà chuté de plus de 30 %.
Or cette situation provoque des réactions en chaîne à l’échelle mondiale.
« La Chine restreint ses exportations d’engrais pour protéger ses agriculteurs, mais elle dépend du soja brésilien pour nourrir ses élevages », souligne-t-il.
Pour Julien Mathonnière, cette interdépendance extrême fragilise désormais l’ensemble de la chaîne alimentaire mondiale.
Une mauvaise récolte au Brésil pourrait ainsi affecter directement les marchés chinois, puis les prix alimentaires internationaux.
Concernant Israël, l’économiste estime que le pays reste relativement protégé contre une rupture physique des approvisionnements énergétiques grâce à ses sources alternatives, notamment via l’Azerbaïdjan.
Mais il prévient que l’État hébreu ne pourra pas échapper à la flambée mondiale des prix. « Les approvisionnements seront peut-être plus sécurisés, mais les prix seront les mêmes pour tout le monde », résume-t-il. Pour Julien Mathonnière, le monde entre désormais dans une phase où énergie, agriculture et géopolitique deviennent totalement indissociables.