L'Université de Poitiers invite Julien Théry, accusé d'antisémitisme, avant de reculer
Selon la LICRA, les faits reprochés au médiéviste étaient connus au moment où l’Université de Poitiers a maintenu son invitation en le présentant toujours comme "professeur des universités"


L’invitation du médiéviste Julien Théry à donner une conférence à l’Université de Poitiers suscite une vive controverse dans le monde académique et au sein de la société civile. L’enseignant-chercheur, qui doit intervenir le 12 février à l’initiative du département d’histoire, est pourtant suspendu à titre conservatoire par l’Université Lumière Lyon 2, où il exerçait, en raison de la diffusion répétée de publications à caractère antisémite.
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Dans un communiqué, la LICRA rappelle que cette suspension est intervenue après plusieurs années de prises de position publiques problématiques, et qu’une enquête judiciaire préliminaire est actuellement en cours. Parallèlement, Julien Théry reste dans l’attente d’une décision de la section disciplinaire de son université de rattachement. Selon l’association, ces éléments étaient connus au moment où l’Université de Poitiers a maintenu son invitation, en le présentant toujours comme "professeur des universités".
Les propos reprochés à l’enseignant ont provoqué de fortes réactions ces derniers mois, tant au sein de la communauté universitaire que dans le débat public. À Lyon 2, plusieurs organisations syndicales, dont des sections locales de la CGT et de Sud Éducation, ont dénoncé des publications jugées antisémites et estimé qu’elles constituaient un trouble manifeste à l’ordre public. Ces prises de position ont contribué à un climat de tension durable sur le campus et au-delà.
Pour la LICRA, l’argument de la liberté académique ne saurait justifier une telle invitation dans le contexte actuel. L’association souligne que la liberté d’expression universitaire connaît des limites, notamment lorsque des propos portent atteinte à la dignité des personnes ou alimentent la haine antisémite. Elle estime qu’au regard de la gravité des faits reprochés et des procédures en cours, une abstention aurait relevé du minimum de décence institutionnelle.
Dans une mise à jour publiée sur les réseaux sociaux, la LICRA a annoncé que la conférence de Julien Théry, consacrée à la panthéonisation de Marc Bloch, a finalement été annulée. Selon une "annonce de dernière minute" diffusée par le département d’histoire de l’Université de Poitiers, cette annulation ferait suite à des "pressions des autorités compétentes" ainsi qu’à un contentieux administratif concernant la réservation de la salle. La LICRA dénonce toutefois une justification jugée évasive, estimant que l’université évite ainsi d’assumer clairement la question de l’antisémitisme.
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L’association rappelle enfin qu’en matière de prévention et de lutte contre l’antisémitisme, notamment dans l’enseignement supérieur, il existe en France un cadre légal précis et une politique publique affirmée. Elle appelle le département d’histoire de l’Université de Poitiers à se montrer pleinement conscient de ses responsabilités institutionnelles face à des enjeux qu’elle juge majeurs pour l’université et pour la société.