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Le chef de l'ONU accuse les États-Unis de privilégier leur puissance au détriment du droit international
"Certains pensent que la loi du pouvoir doit remplacer le pouvoir de la loi", a déclaré Antonio Guterres


Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a vivement critiqué la vision américaine des relations internationales, estimant que les États-Unis accordent davantage d’importance à leur propre puissance qu’au respect du droit international. Dans un entretien accordé lundi à la BBC, il a dressé un constat sévère du multilatéralisme et du fonctionnement actuel de l’ONU.
Interrogé sur les déclarations répétées du président américain Donald Trump mettant en cause l’utilité et l’efficacité des Nations unies, António Guterres a reconnu les limites structurelles de l’organisation. Selon lui, l’ONU ne dispose d’aucun véritable moyen de contraindre ses États membres à respecter le droit international, en particulier lorsqu’il s’agit des grandes puissances.
"Certains pensent que la loi du pouvoir doit remplacer le pouvoir de la loi", a-t-il déclaré. Le chef de l’ONU estime que la politique actuelle de Washington repose sur la conviction que les solutions multilatérales sont secondaires, au profit de l’exercice direct de l’influence et de la puissance américaines, quitte à s’affranchir des normes internationales.
António Guterres a également pointé du doigt l’inefficacité croissante du Conseil de sécurité, qu’il juge déconnecté des réalités du monde contemporain. Il a notamment mis en cause le droit de veto dont disposent les cinq membres permanents (la France, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis) qu’il considère comme un outil permettant à chacun de défendre avant tout ses intérêts nationaux.
Pour restaurer la légitimité de l’institution, le secrétaire général plaide pour une réforme en profondeur du Conseil de sécurité, incluant une modification de sa composition afin de mieux représenter l’ensemble de la communauté internationale, ainsi qu’une limitation du recours au veto.
Le conflit à Gaza figure, selon lui, parmi les dossiers les plus révélateurs des dysfonctionnements actuels de l’ONU. António Guterres a rejeté les accusations israéliennes selon lesquelles l’aide humanitaire n’aurait pas été distribuée en raison de l’inefficacité des Nations unies. Il affirme que les blocages étaient avant tout liés aux restrictions imposées par Israël à l’accès au territoire.
Il a rappelé qu’un afflux massif d’aide humanitaire avait été possible dès l’instauration d’un cessez-le-feu. Le secrétaire général a par ailleurs accusé Israël d’avoir soutenu le recours à un prestataire externe, la Gaza Humanitarian Organization, une décision qui, selon lui, aurait contribué à la mort de centaines de Palestiniens.
"Nous étions prêts à agir, à condition que les prérequis nécessaires soient réunis", a-t-il assuré, réaffirmant la capacité des Nations unies à mener leurs missions humanitaires lorsque leur accès et leur sécurité sont garantis.