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"Après l'opération bipeurs, Nasrallah n'était plus le même homme", affirme l'un de ses proches
"Les conséquences ont été immédiates et physiques. Nasrallah a cessé de s'alimenter", selon son ancien collaborateur


Près de deux ans après l'élimination d'Hassan Nasrallah par Israël, les révélations continuent d'émerger sur les derniers jours de celui qui a dirigé le Hezbollah d'une main de fer pendant quatre décennies. C'est désormais l'un de ses plus proches collaborateurs, Wafiq Safa, qui brise le silence et dresse un portrait saisissant d'un homme profondément ébranlé, bien avant que la bombe israélienne ne mette fin à ses jours dans son bunker de Beyrouth.
L'opération des téléavertisseurs du 17 septembre 2024 — cette attaque d'une sophistication inédite menée par le Mossad, qui a fait exploser simultanément des milliers de bipeurs utilisés par des membres du Hezbollah au Liban — a brisé Nasrallah avant même qu'Israël ne le tue. Des centaines de membres et de cadres de l'organisation ont été blessés, certains grièvement. L'onde de choc a été immense. Mais pour Nasrallah, elle a d'abord été personnelle, viscérale.
Safa raconte : « L'erreur de son entourage a été de lui montrer les images des engins qui explosaient sur la foule. À la vue de ces images, il n'a pas pu le supporter. » En quelques heures, le chef tout-puissant du Hezbollah, celui qui avait traversé quarante ans de guerres, d'attentats et de pressions, n'était plus reconnaissable. « Ce n'était plus le même Hassan Nasrallah », affirme son collaborateur. « Cet événement était d'une toute autre nature. »
Les conséquences ont été immédiates et physiques. Nasrallah a cessé de s'alimenter. « Au début, il ne buvait que de l'eau. Je crois qu'il n'a rien mangé pendant près de 24 heures », confie Safa. « Ce n'était pas un problème de santé au sens médical du terme, mais il n'était plus le même, même physiquement. Pour lui, c'était la fin du monde. »
Ce jour-là, Safa reçoit un appel de Nasrallah. Un appel qui le marquera durablement. « Je l'ai entendu dans sa voix. Il ne m'a pas demandé ce qui se passait, car il le savait déjà." « Je lui ai dit : "L'essentiel, c'est de tenir bon." Il m'a répondu : "Dieu me réconforte." À partir de ce moment, Nasrallah n'était plus le même. »
Ce qui l'avait brisé n'était pas seulement le spectacle des victimes. C'était aussi, et peut-être surtout, la signification stratégique de l'attaque : une infiltration des services de renseignement d'une profondeur terrifiante, remontant jusqu'au cœur même de l'organisation. Safa ne cherche pas à minimiser : « Il faut être réaliste. Il s'agissait d'une infiltration des services de renseignement israéliens. Nous le reconnaissons. »
Lors de leur ultime rencontre, quelques jours avant le 27 septembre 2024, Nasrallah donnait une impression paradoxale. D'un côté, il restait convaincu qu'Israël ne parviendrait pas à l'éliminer personnellement. « Il estimait encore qu'Israël ne pourrait pas l'atteindre », rapporte Safa. De l'autre, il avait conscience que la direction du Hezbollah devait désormais envisager sérieusement d'être prise pour cible. « Il supposait qu'Israël ne lancerait pas une guerre à grande échelle, notamment en raison des capacités militaires de l'organisation. Dans les faits, Israël est parvenu à l'atteindre et à affaiblir le système balistique du Hezbollah. »