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Enquête: comment l’Iran impose désormais sa loi dans le détroit d’Ormuz
Alors que des milliers de marins restent bloqués dans le Golfe, Téhéran apparaît plus que jamais comme le maître du principal corridor énergétique mondial.


L’Iran a progressivement transformé le détroit d’Ormuz en véritable zone de contrôle stratégique, imposant aux navires marchands un système complexe d’autorisations, de vérifications sécuritaires et parfois même de paiements pour obtenir un passage sûr. C’est ce que révèle une vaste enquête de l’agence Reuters publiée mercredi.
Selon l’enquête, Téhéran exerce désormais un contrôle de facto sur ce corridor maritime par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial. Depuis le début de la guerre régionale, des milliers de marins et plus de 1 500 navires se sont retrouvés bloqués dans le Golfe.
Pour franchir le détroit, les compagnies maritimes doivent désormais obtenir l’aval des autorités iraniennes, notamment des Gardiens de la Révolution. Les navires sont soumis à un processus de vérification extrêmement détaillé : origine du cargo, pavillon, nationalité des équipages, itinéraire ou éventuels liens avec les États-Unis ou Israël.
Reuters affirme également que certains bâtiments non couverts par des accords diplomatiques auraient versé jusqu’à 150 000 dollars afin de garantir leur passage. Des frais que Washington considère comme potentiellement contraires aux sanctions américaines contre l’Iran. Le Trésor américain a d’ailleurs averti les compagnies maritimes contre tout paiement ou arrangement avec Téhéran.
L’enquête décrit aussi un système hiérarchisé privilégiant d’abord les navires liés à la Chine et à la Russie, puis ceux de pays proches de Téhéran comme l’Inde ou le Pakistan. D’autres États négocient directement avec les autorités iraniennes pour sécuriser le passage de leurs cargaisons stratégiques.
Reuters raconte notamment le périple du pétrolier Agios Fanourios I, chargé de pétrole irakien et bloqué plusieurs jours avant d’obtenir l’autorisation iranienne de traverser le détroit. Escorté à travers plusieurs points de contrôle militaires iraniens, le navire a finalement été stoppé par des vedettes rapides des Gardiens de la Révolution avant d’être relâché après inspection.
« Le détroit sera ouvert ou fermé uniquement avec l’approbation du régime iranien », estime Danny Citrinowicz, chercheur israélien cité par Reuters. Selon lui, « certains passeront grâce à des alliances politiques, d’autres devront payer, d’autres encore seront refoulés ».