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Liban : 66 % des chiites favorables au transfert des armes du Hezbollah à l’État
Le résultat est notable dans une communauté qui constitue depuis des décennies le principal socle politique et social du Hezbollah


Le soutien de la communauté chiite libanaise au maintien de l’arsenal du Hezbollah semble s’éroder, selon un sondage récent qui met en lumière une défiance croissante envers le rôle militaire du mouvement.
Réalisée en septembre par l’institut Statistique Liban auprès de 800 chiites libanais, l’enquête indique que 66,4 % des personnes interrogées sont favorables au transfert des armes du Hezbollah à l’État libanais, contre 29,6 % qui souhaitent que le mouvement conserve son arsenal.
Le résultat est notable dans une communauté qui constitue depuis des décennies le principal socle politique et social du Hezbollah. Mais il ne signifie pas pour autant une rupture générale avec le mouvement. Le même sondage montre en effet que 59,5 % des répondants continuent d’exprimer un certain degré de confiance envers lui, dont 37,1 % une confiance élevée.
La défiance semble surtout concerner la question sécuritaire. Quelque 71,1 % des personnes interrogées estiment que les décisions de guerre et de paix doivent relever exclusivement de l’État libanais. Seuls 5,9 % considèrent que la direction du Hezbollah devrait conserver un rôle prépondérant dans ce domaine.
L’armée libanaise bénéficie, elle, d’un niveau de confiance nettement supérieur. Près de 78,5 % des sondés disent lui faire confiance, tandis que 51,1 % la désignent comme l’institution la mieux placée pour assurer la sécurité à long terme. Le Hezbollah n’est cité que par 16,5 % des répondants.
Le bilan de la guerre contre Israël pèse également sur l’image du mouvement. Selon l’enquête, 67,4 % des personnes interrogées estiment que le Hezbollah n’a pas atteint ses objectifs, ou seulement partiellement. Par ailleurs, 42,1 % disent éprouver de la colère, de la déception ou de l’inquiétude face à sa direction et aux conséquences du conflit.
Ces chiffres contrastent fortement avec ceux d’un sondage publié quelques mois plus tôt par l’institut libanais Information International. En mai 2026, 87,5 % des chiites interrogés s’opposaient encore au désarmement du Hezbollah et seulement 7,9 % y étaient favorables.
Cet écart impose toutefois une certaine prudence. Les méthodologies, la formulation des questions ou le contexte dans lequel les enquêtes ont été réalisées peuvent fortement influencer les réponses. Il est donc difficile de conclure, sur la base de ces seuls sondages, à un basculement durable de l’opinion chiite.
Plusieurs facteurs peuvent néanmoins expliquer l’apparition d’un mécontentement. La guerre a provoqué de lourdes destructions dans le sud du Liban, tandis que de nombreux habitants craignent désormais que des infrastructures liées au Hezbollah ne deviennent des cibles potentielles de frappes israéliennes.
À Tyr, par exemple, des propriétaires se seraient opposés à l’ouverture d’une succursale d’Al-Qard Al-Hassan, institution financière liée au Hezbollah, par crainte que leur immeuble ne soit pris pour cible.
Le Hezbollah tente parallèlement de préserver son ancrage social en participant aux efforts de reconstruction. Le mouvement aurait annoncé des aides pouvant atteindre 14 000 dollars pour certaines familles de Beyrouth et de sa banlieue sud dont le logement principal a été détruit, et jusqu’à 12 000 dollars dans d’autres régions.
Malgré les critiques, le Hezbollah conserve un important réseau politique, social et économique, construit au fil de plusieurs décennies. Pour de nombreuses familles chiites, il reste une source d’emploi, d’aide financière et de services dans des zones où l’État libanais demeure faible.