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Négociations de cessez-le-feu : les fractures du pouvoir iranien exposées
Au-delà du bras de fer militaire et diplomatique, l’enjeu central reste la survie du régime iranien


Les négociations en vue d’un cessez-le-feu entre Washington et Téhéran mettent en évidence des fractures profondes au sein du pouvoir iranien, fragilisé par la guerre récente et une recomposition encore incertaine de sa chaîne de commandement.
Le signal le plus visible de cette paralysie est venu de la base aérienne d’Andrews : l’avion du vice-président américain J.D. Vance y est resté immobilisé pendant des heures, dans l’attente d’un feu vert diplomatique qui n’est jamais venu. En cause, selon plusieurs sources américaines, un silence persistant de Téhéran et la rupture des canaux de communication directs, symptôme d’un blocage décisionnel au sommet de l’État iranien.
À la Maison-Blanche, cette situation a déclenché une série de réunions d’urgence. Donald Trump a réuni ses principaux responsables de la sécurité nationale afin de trancher sur la suite à donner à l’initiative diplomatique, après plusieurs jours sans réponse iranienne. Le déplacement de Vance au Pakistan, où des médiateurs tentaient d’organiser un nouveau cycle de discussions, a été repoussé, tandis que le cessez-le-feu en vigueur était prolongé sans échéance claire.
Derrière cet immobilisme apparent, l’administration américaine dit percevoir une crise de gouvernance inédite à Téhéran. La disparition de Mojtaba Khamenei de la scène publique — possiblement lié à des blessures subies lors des frappes israéliennes — aurait laissé les responsables politiques et militaires sans directives précises. Selon les informations recueillies par Washington, ministres et négociateurs iraniens seraient contraints d’interpréter, voire de deviner, les intentions du Guide suprême, ce qui les empêche de prendre des décisions structurantes, notamment sur la question cruciale de l’enrichissement de l’uranium.
Cette désorganisation intervient dans un contexte de transition du pouvoir. Après la mort d’Ali Khamenei au début du conflit, le système iranien n’a pas implosé, mais il s’est transformé. Le centre de gravité semble désormais se situer au sein du Conseil suprême de sécurité nationale, une instance regroupant responsables civils et militaires, où cohabitent pragmatiques et idéologues. Ce fonctionnement collégial, historiquement encadré par l’autorité du Guide suprême, apparaît aujourd’hui plus instable.
Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement, s’est imposé comme la figure centrale de ce dispositif et le principal interlocuteur des États-Unis. Mais il doit composer avec des rivaux influents, notamment des figures ultraconservatrices et des représentants des Gardiens de la révolution, dont le poids s’est accru depuis la guerre. Ce pluralisme interne, longtemps contenu, semble désormais exposé au grand jour.
Les divergences se sont manifestées de façon spectaculaire autour du détroit d’Ormuz. Alors que le ministre des Affaires étrangères avait annoncé son ouverture dans le cadre du cessez-le-feu, l’armée iranienne a rapidement fait marche arrière en décrétant sa fermeture en réponse au maintien du blocus américain. Cet épisode a suscité des critiques dans certains médias iraniens, révélant des désaccords sur la stratégie à adopter face à Washington.
Du côté américain, Donald Trump alterne entre optimisme affiché et pression maximale. Il affirme croire à la possibilité d’un accord « excellent », tout en maintenant le blocus et en ordonnant à l’armée de rester prête à toute éventualité. Il a également conditionné la réouverture du détroit d’Ormuz à la conclusion d’un accord définitif, accentuant ainsi le levier économique et stratégique sur Téhéran.
En privé, toutefois, plusieurs conseillers s’inquiètent d’un scénario moins favorable. Ils redoutent que l’Iran n’utilise le cessez-le-feu pour gagner du temps, reconstituer ses capacités militaires et remettre en service des systèmes de missiles dissimulés pendant les combats. Côté iranien, certains responsables dénoncent déjà une prolongation du cessez-le-feu assimilée à une poursuite des hostilités sous une autre forme.
Au-delà du bras de fer militaire et diplomatique, l’enjeu central reste la survie du régime iranien. Affaibli par les frappes, confronté à une crise économique aggravée par le blocus et sous pression intérieure après des vagues de contestation, le pouvoir doit arbitrer entre résistance et concessions. Un accord avec les États-Unis pourrait offrir un répit économique, mais au prix de compromis potentiellement explosifs sur le plan politique interne.